Samedi 4 Juillet, 2020

Chute accélérée de la gourde : les trois mesures adoptées par la BRH

Le gouverneur de la banque centrale, Jean Baden Dubois, au point de presse organisé hier jeudi dans les locaux de la banque centrale au bas de la ville./Photo: Twitter BRH.

Le gouverneur de la banque centrale, Jean Baden Dubois, au point de presse organisé hier jeudi dans les locaux de la banque centrale au bas de la ville./Photo: Twitter BRH.

Le chaos politique et les troubles civiles qui ponctuent le quotidien d’Haïti, la prise en otage de cinq sources de devises et l’inflation qui grimpe à 17,6% sont, selon Jean Baden Dubois, les différentes causes de la forte volatilité du taux de change liée à des facteurs extra-économiques. Le Gouverneur de la banque centrale a annoncé, hier jeudi, que trois mesures seront adoptées pour pallier à la rareté du dollar et arrêter la saignée de la gourde.
 

Jean Baden Dubois ne va pas par quatre chemins pour expliquer les causes de la dépréciation accélérée de la monnaie locale. Le gouverneur analyse, lors d’un point de presse tenu hier jeudi au local de la BRH, les causes de la « forte volatilité du taux de change », liée à ce que les économistes appellent les « bruits ».

Ce sont les troubles socio-politiques qui, de par leur nature, sapent toute confiance d’un agent et qui le porte à anticiper de manière auto-entretenue. (Alors à chaque banque commerciale, son taux du jour, ndlr).

Ce sont, argumente-t-il, des facteurs extra économiques qui affectent le marché, une somme d’évènements comme 6,7, 8 juillet, « pays lock », 17 octobre, 18 novembre, les troubles civiles, le refus des acteurs politiques de tout compromis en vue d’aboutir à la formation d’un gouvernement légitime. « Le marché des changes est tributaire de cette situation », poursuit-il.  

Depuis juillet 2019, la conjoncture socio-politique glisse de plus en plus dans l’instabilité. Au cours de ces six derniers mois, l’économie connait une dépréciation de la gourde en dépit des fondamentaux macro-économiques. Le taux d’inflation, selon les récentes données recueillies de l’IHSI, a grimpé à 17, 6%.

Prise d’otages de cinq sources de devises

Jean Baden Dubois a aussi identifié les cinq sources de devises prises en otage par des acteurs politiques. Il cite le tourisme, une des industries victimes du mouvement « pays lock ». Ce qui, en conséquence, à porter les agences en ligne de voyage et les compagnies aériennes à retirer Haïti de leur liste de destination.

Les Exportations, deuxième source, ont pris un coup dur le mois dernier car le ministère du Commerce qui devrait autoriser les entrepreneurs à exporter en délivrant par mail des papiers d’autorisation, était en grève. 

Les Investissements directs étrangers ont spectaculairement chuté aussi.  

Le gel des fonds de certains partenaires financiers internationaux : certains programmes de développement sont suspendus en raison de l’absence d’un gouvernement légitime. Et en dernier lieu, les programmes de prêt (que nous octroient certains bailleurs dont la BID) qui sont mis en porte-à-faux.   

150 millions de dollars bientôt injectés dans l’économie

Pour pallier à la rareté du dollar et arrêter la saignée de la gourde, la BRH a annoncé que trois mesures seront illico adoptées. La première est administrative et règlementaire. Elle assurera un meilleur contrôle des achats des institutions, du marché noir du dollar, combat le financement du terrorisme et appliquera la loi AML (Anti money Laundering).

 La seconde est relative aux mesures de politique monétaire directe. La BRH augmentera, a indiqué M. Dubois, une augmentation du taux d’intérêt sur les bons « BRH », ce qui affectera le taux de crédit, reconnait-il. 81 jours à 22%, 28 jours à 14%, 7 jours à 10%.  Et d’ici fin septembre, 150 millions de dollars seront injectés dans l’économie, qualifiée de rachitique par certains analystes.

Il y a en dernier lieu les mesures incitatives. « Les obligations BRH seront maintenues. Les autres banques commerciales auront aussi la possibilité d’offrir un produit similaire à l’obligation BRH, ainsi que d’autres capables de protéger le pouvoir d’achat des opérateurs et des consommateurs. Les programmes pro-croissances seront poursuivis de façon à maintenir les entreprises qui évoluent dans les secteurs productifs à savoir l’agriculture,  le tourisme, l’immobilier et  l’exportation.

 

 

 

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