Vendredi 3 Avril, 2020

Chris Morning, le dancehall dans les veines, des rêves pleins la tête

Christopher Zamor dit Chris Morning / Photo de courtoisie

Christopher Zamor dit Chris Morning / Photo de courtoisie

"Je veux qu'on parle d'un dancehall haïtien, comme on le fait pour la Jamaïque ou pour d'autres pays de la Caraïbe.”

Tout est calme ce samedi soir dans ce quartier de Delmas 75. Sur la cour de cette maison, quelques amis donnent le coup d’envoi de ce qui va être un moment riche en boissons, conversations et chansons. Quelques chaises rangées en cercle. Un barbecue émet une fumée sentant la volaille. Un haut-parleur pompe l’un après l’autre les hits de Chris Morning. “On va écouter que du Chris ce soir”, blague une jeune femme, verre en main.

C’est l’anniversaire d’un ami. Parmi les invités pour ce moment spécial, Chris Morning et ses chansons. Mais ce soir le chanteur ne performe pas; il se contente d’écouter ses tubes comme tout-le-monde et répond aux questions de Loop Haïti qui s’invite à la fête. Il parle en tout premier lieu de sa dernière-née, “Montre M”, sortie le 14 février. Une chanson d’amour dans laquelle un homme au coeur brisé prie sa nouvelle dulcinée de lui “montrer” ou plutôt lui rappeler les b.a.-ba de l’amour. Le vrai.

 

La révélation “Full dancehall”

Christopher Zamor, 26 ans, 1 m 80, est le premier d’une fratrie de 5 enfants. Il baigne dans la musique depuis son enfance grâce à son père musicien, qui l’a initié au chant et au piano. Plus tard il s’est investi dans la création d’instrumentaux, dont l'un héberge la chanson bien connue “E piyay” de Sébastien Pierre, ancien champion de Digicel Stars. En 2014, Chris Morning lance sa carrière de chanteur avec “M anvi sou”. Le morceau, quoique sans promotion, lui a valu des coups de fil pour des spectacles. Il pond ensuite “File l”, “Vagabon”, “Pa ka plenyen”, qui n’ont pas fait le boom souhaité.

C’est un voyage à destination de Paris pour ses 25 ans qui a tout changé, en 2018. “Dans l’avion, je suis tombé sur l’album "Step out" de Krys”, se souvient-il. Le style et le talent du Guadeloupéen ont eu un impact certain sur le jeune Haïtien qui décide alors de se prendre en main. Il balance, la même année, “Fò w mouv”, “Pa bezwen anpil” et “Pa gaspiye m”. Ces derniers, devenus hits en 2019, lui ont ouvert la grande porte. Chris Morning, qui solfie “Full dancehall” comme slogan, est sacré “Révélation de l’été” par Ticket Magazine et fait l’objet de plusieurs autres nominations et distinctions.

“Ma carrière est réellement lancée avec ‘Pa gaspiye m’, une masterpiece”, s’enorgueille-t-il, saluant dans la foulée la contribution de son actuel producteur, Filou Beat, “un magicien”, note-il.

Pour un dancehall aux couleurs haïtiennes et plus encore

Avec un accueil “satisfaisant” de la part du public, plus d’un demi-million d’écoutes sur Soundcloud et plus 14,000 sur Spotify, la jeune pépite a connu une forte percée en 2019. Il aura par la même signé le retour du dancehall, dont le drapeau était en berne dans le pays depuis un moment. Même si, souligne-t-il, l’on goûte du dancehall sous de nombreux “succès” haïtiens ces derniers temps. Le nouveau “king” du dancehall veut se servir de son ascension (et non celle de Skywalker) pour redonner, en Haïti, toute sa force à cette “musique de l’âme”. Mais plus encore, il se bat pour le triomphe d’un “dancehall haïtien”, avec une identité, une touche haïtienne.

"Je veux qu'on parle d'un dancehall haïtien comme on le fait pour la Jamaïque ou pour d'autres pays de la Caraïbe", ambitionne Zamor qui s'inspire avec passion des travaux de Shaggy, Bob Marley, Kalash entre autres.

Pour l'instant, pas d’album en vue pour le jeune chanteur qui pourtant, de l’avis de son manager, ne manque ni l’inspiration ni le talent. “Chris est une vraie bête, il peut pondre deux trois chansons en un clin d’oeil”, assure Ludovic Monlouis, satisfait de son travail aux côtés de son ami et camarade à l’université, les deux étant aussi étudiants en gestion des PMEs. Mais l’équipe prépare actuellement “un EP de 4 à 6 morceaux” qui devrait sortir en avril. Il y sera question de “faits de société”, de “la réalité”, comme aime à les chanter Chris, qui avoue avoir une grande sensibilité pour les “sujets tabou”. Le dancehall, soutient-il, est ce rythme qui lui offre les outils et le vibe nécessaires à sa liberté d'expression artistique.

@chrismorning01

Ambitieux et optimiste

L’artiste, qui clarifie n'avoir pour le moment que ses fans comme sponsor, est très positif quant à son avenir dans le game. Plusieurs projets et collaborations locales et internationales sont à l’étude. “J’ai foi en mon travail et en mon staff” signe-t-il. Son seul souci, et pas le moindre des défis, reste le manque criant de structure dont souffre l’industrie musicale haïtienne. Ce qui rend la tâche difficile même aux meilleurs des meilleurs qui parfois, n’arrivent même pas à vivre de leurs oeuvres. Par exemple, présentement, ses revenus proviennent notamment de ses prestations live et de ses écoutes sur des plateformes streaming (Spotify, Deezer, iTunes) dont la plupart ne couvrent même pas Haïti, faute de loi.

Malgré tout, Christopher reste déterminé, téméraire. Il entend poursuivre sa carrière de chanteur dancehall et faire honneur à ceux – comme Bélo, Full Bass, Black Fanfan entre autres- qui ont déjà marqué leur temps dans ce rythme en Haïti. Il veut conquérir le monde en commençant par la Caraïbe, faire de Chris Morning un digne ambassadeur de la culture haïtienne, "une véritable marque". Et un jour, il rêve de tenir un grand concert au stade Sylvio Cator, à Port-au-Prince, dans le but de réunir les Haïtiens et promouvoir l’esprit de l’union entre eux.

Raoul Junior Lorfils / Twitter : @lorfilsraouljr

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