Dimanche 23 Septembre, 2018

Cette écrivaine haïtienne donne une leçon d’histoire à Donald Trump

Edwidge Danticat, écrivaine haïtien. Photo : Wikimedia Commons

Edwidge Danticat, écrivaine haïtien. Photo : Wikimedia Commons

Pour les Haïtiens qui ont vécu aux Etats-Unis dans les années 80, les séquelles s’agrandissent à chaque fois que le nom d’Haïti est associé à l’image du Sida.

Sans refaire un quelconque parcours historique, dès 1981, Mike Gottlieb dans le Morbidity Mortality Weekly Report accusait les immigrés haïtiens de la propagation du virus. Avec hésitation certes, l’épidémie reprendra le nom des Haïtiens dans la définition de la maladie : H (Haïtiens, homosexuels, hémophiles, héroïnomanes).

Ainsi, le 23 décembre dernier, deux journalistes du New York Times rapportaient que le président américain, l'homme le plus puissant du monde, aurait proféré des injures à l’égard des immigrants haïtiens et nigériens au mois de juin à la Maison Blanche.

Pour le 45e président des américains, les premiers auraient « tous le Sida ». Déclaration que la Maison Blanche a démenti par la suite.

Néanmoins, pour l’écrivain haïtien Edwige Danticat « la remarque présumée de Trump sur Haïti et le Sida rouvre une vieille blessure douloureuse pour les Haïtiens qui remonte à plusieurs décennies ».

Position qu’elle a prise dans un article paru en anglais ce 29 décembre dans les colonnes de l’un des magazines favoris des intellectuels américains « The New Yorker ».

Pour l’histoire, Mme Danticat se souvient de cette période ou les Haïtiens pouvaient être étiquetés de « sang sale », allègrement. Elle se rappelle encore de son éloignement forcé d’un « voyage scolaire à la Statue de la Liberté de peur, dit-elle, que partager un autobus scolaire avec les autres enfants pourraient se révéler dangereuses pour eux ».

Les dérapages racistes du président ces derniers temps deviennent routiniers pour l’écrivaine. Pourtant, recoller l’image des Haïtiens au Sida inquiète énormément cette dernière. Un brusque enfoncement du couteau dans une plaie que l’on croyait sécher au soleil de la conscience.

Dans un recueil collectif d’informations, Marleine Bastien, responsable de l'organisation Femmes haïtiennes de Miami, rappelle que « ce fut une période sombre de notre histoire en tant que réfugiés noirs de la première nation indépendante dans l'hémisphère occidental ». Ajoutant par la suite, que dans cette sombre période, « être appelé Haïtien a été la pire malédiction possible ».

Un Akademisyen Kreyòl Ayisyen (AKA), le linguiste Michel DeGraff qui a rejoint New York dans les années 1980, se souvient encore d’un moment traumatisant quand il fut présenté à une étudiante alors qu’elle a refusé de lui serrer la main. Il entendra quelques minutes plus tard qu’il vaut « mieux rester à l' écart de ces Haïtiens afin de ne pas attraper le Sida ».

D’autres témoignages montrent encore le poids social d’une pareille étiquette et que la réveiller, c’est mettre en péril les rapports ethniques à l’heure où l’humanité a tendance à sombrer dans l’ignominie.