Dimanche 23 Septembre, 2018

Ces personnalités qui nous ont quittés en 2017 (PARTIE 1)

L’année s’achève sournoisement avec son lot de manquements et de souffrances. Comme une brebis galeuse, on a envie de la repousser vite pour le deuil qu’elle a semé dans nos cœurs. D’un parent à un ami proche, d'un responsable de services à un bon viveur, nous avons tous développé une probable familiarité ou solidarité avec au moins un des personnages publiques terrassé par la mort en 2017.

Related Article

La mort ne peut en aucun cas être réjouissante, mais se rappeler de l’existence de ces personnes, c’est mener combat gré à gré contre l’usure du temps et le prolongement de l’ingratitude.

LoopHaiti vous propose cette rétrospective des personnalités haïtiennes qui nous ont quittés de janvier à décembre 2017. La liste n’est guère exhaustive s’il faut se rappeler les silencieux, « hors projecteurs », très utiles à leur communauté respective et dont la société ignore leur nom. Dans cette première partie, les noms sont proposés de façon anti chronologique, donc du plus récent au plus ancien.

Julio Jean-Pierre

Ancien lauréat du Prix Deschamps pour son roman « L'année d'Isabel Martinez » (2000), l’écrivain et journaliste Julio Jean-Pierre a rendu l’âme ce lundi 12 décembre. Né à Saint-Marc et ayant vécu au Canada, ce membre fondateur de la Société Koukouy faisait de l’écriture une arme de prédilection pouvant lui assurer confort spirituel et physique. Son roman « L’année d’Isabel Martinez » a marqué toute une génération au point que le comédien Libonet Fénélus l’a dépoussiéré l’année dernière dans le cadre de la 13e édition du festival des arts vivants Quatre chemins. L’ancien journaliste Télévision Nationale d’Haïti laisse à son actif les œuvres suivantes : La route de la soif (1982) ; L’éternité provisoire (1994) ; Quand Dieu s’enrichit (2002) ; Les gens simples (1984) ; Tras (2003).

Manno Charlemagne

Homme de grand combat, Joseph Emmanuel Charlemagne, dit Manno Charlemagne, a rendu l’âme dimanche 10 décembre en Floride (USA). Ce chanteur de 69 ans a roulé sa bosse un peu partout à travers le pays dans les années 80 pour combattre le duvaliérisme, saigner la conscience en berne d’une population qui a pris trop longtemps pour se libérer du joug macoutiste. Le président de la république Jovenel Moise, salue la mémoire d’un « patriote qui aimait son pays avec passion. Haïti lui est reconnaissant. »

Boulot Valcourt

« Le chanteur et guitariste haïtien Henriot « Boulot » Valcourt est décédé ce vendredi 17 novembre  dans un hôpital de New-York  à l’âge de 71 ans », annonce sans arrêt les bulletins de nouvelles. Les journalistes continuent : « Boulot a recueilli sa vie durant pas moins de vingt-six plaques honorifiques émanant d’institutions locales, régionales et internationales. En 2015, il est fait chevalier de la musique haïtienne par le président d’alors en exercice, Michel Joseph Martelly. La mort de Boulo Valcourt « est une feinte, comme celle d’Azor », selon l’écrivain haïtien James Noël.

Papa Pyè

Acteur et interprète de plus d’une cinquantaine de pièces de théâtre, le comédien Jean Claude Joseph, mieux connu sous le pseudonyme Papa Pyè, est passé de vie à trépas le 18 octobre dernier dans un hôpital à Orlando. Qui ne se souviendra de « La vie nan bouk », « Les Aventures de Papa Pyè » ? Dans les années 77, il a fait ses débuts à Télévision Nationale d’Haïti (TNH) dans l’émission de comédie « Cric Crac », avant qu’il devienne l’un des meilleurs comédiens de la fin du siècle dernier.

Josaphat Robert Large

Poète, romancier et homme de théâtre, Josaphat Robert Large a participé à l’inauguration du « Sermac », mouvement culturel lancé par Aimé Césaire, en 1976, à Fort-de-France. Né à Jérémie le 15 novembre 1942, et mort à New York le 28 octobre 2017, Robert est membre de la Société des Gens de Lettres de France et de l’Association des Écrivains de Langue Française. Avec son roman Les terres entourées de larmes, il remporte le Prix littéraire des Caraïbes en 2003. Son œuvre varie entre poésie, roman, théâtre, entre autres.

Paul Edouard Jean dit Papi Polo

De nombreux fans se souviendront des compositions « Notre faute » et « Mwen pwal marye ak Foufoune », deux titres que cet illustre chanteur de l’orchestre Tropicana d’Haïti a interprétés avec brio. Décédé le 25 octobre dernier, Papi Polo a abandonné momentanément une carrière de peintre qui l’attendait alors qu’il est allé fourbir ses armes dans la musique en 1972, particulièrement dans l’orchestre Tropicana sous l’instigation d’un ami.

Cary Hector

Le 14 octobre dernier, l’intellectuel et combattant de l’avant jour Cary Hector s’en est allé sans aucun signe de la main. A 83 ans, la consolation provient de son œuvre et du combat qu’il a mené comme dirigeant du Rassemblement Fignoliste du Nord (RFN) en 1957. Docteur en science politique en Allemagne, à l’Université libre de Berlin, il a siégé en tant que professeur pendant une vingtaine d’années à l’Université du Québec (Montréal). Sa disparition constitue « une très grande perte pour Haïti et la communauté haïtienne du Québec », estime l’éditeur Frantz Voltaire, directeur du Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne (Cidihca).

Pierre Denizé

Ancien directeur général de la Police Nationale d’Haïti (PNH) pendant le premier quinquennat de René Préval, entre 1996 et 2001, Pierre Denizé est mort dans un hôpital de Miami le dimanche 1er octobre dernier. A 66 ans, l’agent rêvait certainement de continuer à aller au front. « C’est sous sa direction qu’il y a eu les directives pour créer le Swat, le CIMO, la DCPJ et les unités territoriales », a confié Mario Andrésol, ancien DG de la PNH, au journal Le Nouvelliste.

Jean Tatoune

Figure emblématique de la lutte anti-duvaliériste, Jean Pierre Baptiste dit Jean Tatoune a rendu son dernier souffle le 14 septembre dans un centre hospitalier des Gonaïves. Condamné pour sa participation au massacre de Raboteau en avril 1994, l’enfant terrible de la terre salée a également pris les armes à côté des frères Métayer et de Ti-Will contre l`ex président Jean-Bertrand Aristide jusqu’au départ de celui-ci pour l’exil en février 2004. Âgé d`environ 72 ans, Jean Tatoune laisse derrière lui 24 enfants et 15 petits-enfants.

Klaus Eberwein

Ancien directeur général du Fonds d'assistance économique et social (FAES) de 2012 à 2015, Klaus Eberwein a été retrouvé mort dans une chambre de l’hôtel, Quality Inn situé au 14501 South Dixie Highway, Miami, Floride, le mercredi 12 juillet 2017. Selon le journal Miami Herald, Veronica Lamar de l’équipe médicolégale de Miami Dade a indiqué qu’« il s’est tiré une balle dans la tête ».

Klaus Eberwein devait être auditionné par la commission d’enquête du Sénat dirigée par le sénateur Evalière Beauplan dans le cadre de l’enquête sur l'utilisation de l’argent PetroCaribe.

Diplômé de la Faculté des Sciences de l’université d’État d’Haïti (Ueh), Eberwein a été propriétaire de l’entreprise « Datavision » et partenaire de Gilbert Bailly dans la chaîne de restaurants Muncheez. Pourtant, l`ancien de Saint Louis de Gonzague se trouvait en difficulté financière puisqu'il a du s'improviser chauffeur de taxi Uber, selon un article de Miami Hérald.