Jeudi 12 Décembre, 2019

La campagne d'estime de soi, pour "s'aimer au delà des différences"

« Quand j’étais enfant, mes camarades de classe me faisaient voir de toutes les couleurs en me prenant pour cible dans toutes leurs mauvaises blagues à cause de ma façon de marcher. On me surnommait « janm sizo » ou « kwis kole », en se basant sur la formation de mes jambes », se souvient Jeho-Nephtey Abraham.

Il n’est pas le seul. Le DG de Fotomatik Gaspard Dorelien a été lui aussi l’objet de moqueries durant son enfance. « On m’appelait Dessalines à cause de la couleur de ma peau », raconte l’ancien présentateur à Telemax, regrettant l’absence en Haïti de mesures contre les discriminations basées notamment sur la couleur de la peau.

Jeho-Nephtey et Gaspard sont deux parmi de nombreuses personnes qui vivent avec des différences et qui attirent la foudre des gens d’une société non tolérante, qui de temps en temps leur rappelle leurs différences, vues comme des défauts ou une faiblesse. « J’ai été vraiment troublé par les propos rabaissants de mes camarades », avoue Jeho-Nephtey qui se souvient avoir refusé de se vêtir de pantalon court de peur qu’on  s’en moque.

Ce genre de stigmatisation, pourtant très fréquente surtout dans les écoles, peut être très dangereux. « Certain[e]s [victimes, ndlr] se sont même suicidés », rappellent Yasmithe Pamela Désilas qui a initié face à cet état de fait, avec d'autres amis, la campagne d'Estime de soi, pour permettre aux victimes de se manifester et exprimer leur acceptation de soi.

Aujourd'hui, Jeho-Nephtey est moins vulnérable qu’il l’était il y une décennie. Il fait partie de ce groupe de jeunes qui s’investissent dans cette vaste campagne encouragent les personnes à s’accepter comme elles sont et à mettre en valeur au contraire leurs différences [physique, ndlr]. Ils sont partout sur les réseaux sociaux faisant campagne contre la discrimination.

« Nen n m gwo epi ? », « tete m piti, epi ? » [mon nez est gros et alors ?; j’ai des seins petits, et alors?]... sont parmi les messages que vulgarisent ces jeunes qui invitent les jeunes à s’aimer au-delà de leurs différences avec les autres.

 

« Aimons-nous au-delà de nos différences »: c’est la devise de ces jeunes. « Certaines personnes souffrent d'un manque de confiance en soi à cause de leur petite taille, de la couleur de leur peau, de leur poids ou à cause d'une diminution, d’une déformation, d’un handicap physique ou mental. A cause de cela, ils sont tournés en dérision à l’école, dans la rue et dans leur entourage », raconte Marie Yasmithe Pamela Désilas, co-initiatrice de ce mouvement, au cours d’un entretien à Loop Haïti.

Pamela Désilas avoue qu’elle aussi avait un certain complexe par rapport à son corps. "Au début, j’avais un complexe avec mon front. Je ne voulais pas faire de queue de cheval pour ne pas le mettre en valeur.», raconte la jeune femme, aujourd'hui journaliste.

 

 

La campagne d’estime de soi, entrepris par le groupe à travers des ateliers, des rencontres avec des psychologues, est supporté par plusieurs célébrités haïtiennes dont Bregard Anderson et Ti Ansito et de nombreuses personnes ont accepté de rejoindre le mouvement. Jeho-Nephtey dont on a parlé au début confie qu’il se revêt aujourd'hui normalement de pantalon court comme bon lui semble et quand ça lui chante. Il travaille maintenant à aider les autres à accepter leurs différences

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