Budget 2016-2017: des prévisions réalistes mais pessimistes

Le projet de loi des finances a été déposé à la Chambre des députés le 30 juin 2016.

En déposant le projet de loi des finances le 30 juin dernier à la Chambre des députés, le gouvernement provisoire a respecté le prescrit constitutionnel qui est de remettre le document budgétaire élaboré par l’Exécutif au Parlement pour analyse et ratification. Ce document deviendra la loi des finances pour l’exercice fiscal si et seulement s’il est ratifié par la Chambre des députés et le Sénat de la République au cours du mois de septembre 2016.

L’administration Privert/Jean-Charles a réalisé l’exploit de rédiger deux documents budgétaires en quelque trois mois, car un budget rectificatif a été déjà déposé à la Chambre des députés, de façon à modifier le budget exécuté au cours du premier semestre en cours. Ce budget rectificatif se retrouve dans l’impasse au Parlement, en raison du disfonctionnement du corps législatif.

 Après avoir ramené la prévision de croissance du produit intérieur brut (PIB) pour l’exercice fiscal 2015-2016 à moins de 4%, soit 3.6%, les responsables économiques haïtiens se montrent encore plus pessimistes pour l’exercice 2016-2017. En effet, on prévoit un taux de croissance du PIB en termes réels de seulement 2.2% pour le prochain exercice qui débutera le 1er octobre 2016 pour prendre fin le 30 septembre 2017.

Quant à l’évolution des prix des biens et services dans l’économie haïtienne, les autorités financières prévoient un taux d’inflation de deux chiffres pour la période octobre 2016–septembre 2017. En effet, le taux d’inflation pourrait afficher une moyenne de 10.5% au cours de cette période et atteindre le niveau de 13.5% en septembre 2017. Un tel niveau d’inflation affecterait le pouvoir d’achat des agents économiques, particulièrement les Haïtiens disposant d’un revenu faible.

Souhaitant maintenir la stabilité macroéconomique, les autorités financières ont annoncé un taux de change relativement stable. Il importe de souligner qu’elles n’ont fait aucune référence à un taux spécifique pour la période octobre 2016– septembre 2017. Ces autorités comptent respecter le programme de « cash management » signé avec les autorités monétaires en avril dernier, visant un niveau de dépenses publiques ne dépassant pas considérablement les recettes de l’État haïtien. Ceci leur permettra de mieux contrôler le déficit budgétaire et diminuer les pressions inflationnistes dans l’économie haïtienne.

En raison de la diminution continue de l’assistance financière internationale et de la réduction substantielle du financement budgétaire à travers le mécanisme « PetroCaribe », les autorités financières espèrent mobiliser des ressources domestiques plus importantes. Ceci a été déjà amorcé par la précédente administration. En fait, le gouvernement provisoire compte placer la pression fiscale à hauteur de 13.5%, ce qui permettra de générer des recettes fiscales plus importantes pour compenser les dons des bailleurs et le financement PetroCaribe.

Avec une enveloppe budgétaire estimée à 121.9 milliards de gourdes pour l’exercice fiscal 2016–2017, les responsables financiers proposent un montant de quelque 73 milliards de gourdes pour les dépenses de fonctionnement (60%) et 45 milliards de gourdes pour les dépenses d’investissement (40%).  

Il convient de rappeler qu’en adoptant les Objectifs de développement durable (ODD) en septembre dernier à l’ONU, les dirigeants haïtiens se sont engagés à éliminer l’extrême pauvreté dans le pays d’ici 2030. Un objectif aussi ambitieux réclame un taux de croissance du PIB supérieur à 5%, avoisinant même le niveau de 10% de façon soutenue.  

Au rythme de croissance du PIB de seulement 3% en termes réels en moyenne au cours des trois derniers exercices fiscaux, le pays est en train de créer d’importants déficits au niveau socioéconomique dans le cadre de la satisfaction des besoins d’un grand nombre d’Haïtiens vivant en situation précaire.

Une plus grande stabilité politique et de sérieuses réformes socioéconomiques s’avèrent nécessaire pour se positionner sur la voie des 17 Objectifs de développement durable et améliorer les conditions de vie de la population.

 

 

 

     

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