Lundi 18 Juin, 2018

Brésil : Temer dénonce une "conspiration" pour le chasser du pouvoir

Le président brésilien Michel Temer, qui fait face à une nouvelle mise en accusation, s'est dit victime d'une "conspiration" pour le destituer ourdie par l'ancien procureur général, des magnats de la viande et un agent de change.

Le chef de l'Etat a écrit une lettre aux députés avant leur vote, ceux-ci devant décider dans les jours qui viennent s'il y a eu lieu d'organiser son procès pour "obstruction à la justice et participation à une organisation criminelle" ayant commis "une myriade de délits" contre l'Etat.

"Jamais je n'aurais pu croire qu'il y aurait une conspiration pour me destituer de la présidence de la république", écrit-il, "mais je me suis rendu à l'évidence. Elle est incontestable".

M. Temer a été mis en accusation par l'ex-procureur général Rodrigo Janot sur la foi des dires des frères Wesley et Joesley Batista, les propriétaires de l'industriel de la viande JBS, et de l'agent de change Lucio Funaro. Ce dernier est mentionné 274 fois dans l'acte d'accusation comme ayant joué le rôle d'intermédiaire dans des accords illégaux au profit du PMDB, le parti de centre droit du président.

De nombreuses vidéos de ces aveux filmés incriminant M. Temer et beaucoup de caciques du PMDB ont été diffusées au cours du week-end par les chaînes de télévision brésiliennes.

Les trois accusateurs sont actuellement sous les verrous, tandis que Michel Temer est le premier chef de l'Etat brésilien en exercice officiellement accusé de corruption.

"Des affirmations mensongères, des dénonciations ineptes fondées sur des faits construits de toutes pièces (...) ont alimenté les mensonges et les contre-vérités qui ont été divulgués", accuse le président, pour lequel il s'agit de "machinations".

En août, Michel Temer, 77 ans, avait réussi à sauver son poste, en mettant en échec une première procédure déclenchée contre lui par le procureur Janot pour "corruption passive", la majorité des députés ayant voté contre son procès.

Mais juste avant la fin de son mandat en septembre, Rodrigo Janot, son ennemi intime, avait émis une deuxième accusation à son encontre, cette fois pour conduite d'une association criminelle ayant privé l'Etat de 587 millions de réais (160 millions d'euros au taux actuel), le montant selon lui des fonds détournés.

C'est sur l'avenir de cette ultime procédure que doit se prononcer cette semaine la Commission de la Constitution et de la Justice (CCJ), avant de la soumettre au vote de la Chambre des députés réunie en séance plénière, probablement la semaine prochaine.

Si les deux tiers des députés (342 sur 513) considèrent la demande recevable, le président sera écarté du pouvoir pour six mois, le temps d'être jugé, dans le cas où la Cour suprême se dirait en faveur d'un procès.

Mais même l'opposition semble douter de sa capacité à provoquer une destitution de Michel Temer, à moins d'un an de la prochaine présidentielle.