Jeudi 13 Décembre, 2018

Brésil: la condamnation de l'ex-président Lula confirmée en appel

Les ambitions de retour au pouvoir de l'ex-président brésilien Lula ont subi un rude coup mercredi, sa condamnation à de la prison pour corruption ayant été confirmée à l'unanimité et même alourdie en appel par la justice brésilienne.

De nombreux recours étant encore possibles, la capacité de Lula de se présenter ou non pourrait toutefois ne pas être établie avant de longs mois de bataille juridique, alors même que cette élection semble la plus incertaine depuis le retour du Brésil à la démocratie en 1985.

Les marchés ont accueilli avec satisfaction la confirmation de la peine de l'ex-président de gauche pour corruption passive et blanchiment d'argent, la Bourse de Sao Paulo affichant une hausse de 3,72% à la clôture.

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Joao Gebran Neto, premier juge de la Cour d'appel de Porto Alegre (sud) à voter et rapporteur du procès, a confirmé la condamnation de la figure emblématique de la gauche, tout en alourdissant sa peine à 12 années et un mois de prison, contre neuf ans et six mois en première instance.

Le vote des deux autres magistrats a enfoncé le clou: il était motivé de la même manière.

Les trois juges ont précisé que la peine ne serait appliquée qu'après épuisement de tous les recours, écartant une incarcération de Lula dès mercredi.

En début d'après-midi, l'ex-président avait une nouvelle fois affiché sa "tranquillité" avant la décision des juges, même si sa relaxe paraissait improbable.

"La seule chose dont je suis sûr, c'est que je ne m'arrêterai de me battre que le jour de ma mort", a dit Lula, qui devait participer à une manifestation à Sao Paulo qui réunissait déjà 10.000 de ses supporters en fin d'après-midi.

Gleisi Hoffmann, présidente du Parti des travailleurs (PT), fondé par Lula, avait appelé ses soutiens à "aller dans les rues, parce que la démocratie est en péril" si sa condamnation était confirmée.

Des milliers de sympathisants de Lula ont convergé depuis la fin de la semaine dernière à Porto Alegre, dans une ambiance tendue qui laissait redouter des affrontements avec ses opposants.

Bien qu'extrêmement populaire dans les régions pauvres grâce aux programmes sociaux engagés au cours de ses deux mandats (2003-2010), l'icône de la gauche est aussi cordialement détesté par une partie des Brésiliens, qui devaient manifester également à Porto Alegre, Sao Paulo, et Rio en fin de journée.

"Lula pense qu'on ne peut pas enquêter sur lui? Il se prend pour Dieu", a déclaré à l'AFP-TV une manifestante à Sao Paulo. "Il faut qu'il aille en prison, il doit être condamné".

Lula est accusé d'avoir reçu un triplex en bord de mer du groupe de bâtiment OAS en échange de l'attribution de marchés publics de Petrobras pendant sa présidence (2003-2010).

Le juge Grebran Neto a affirmé qu'"il exist(ait) des preuves au-delà de tout doute raisonnable" que "ce triplex était réservé au président Lula".

"L'ex-président était un des principaux artisans, sinon le principal, d'un vaste réseau de corruption (...) qui a fragilisé non seulement le fonctionnement de Petrobras, mais de tout le processus politique du Brésil", a-t-il asséné.

L'avocat de Lula, Cristiano Zanin Martins, avait auparavant affirmé que le triplex au coeur de la procédure "n'appart(enait) pas à Lula" mais à OAS et que "Lula n'en a jamais reçu les clés et n'y a jamais passé une nuit".

C'est le héraut de l'enquête tentaculaire "Lavage-express, le juge Sergio Moro, ennemi intime de Lula, qui avait prononcé en juillet 2017 cette condamnation choc, puis saisi ses biens.

Ses partisans ont relevé que la justice brésilienne avait fait montre d'une célérité inhabituelle dans la procédure visant Lula et que les preuves contre lui, qui reposent sur une délation, étaient bien minces.

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