Lundi 24 Septembre, 2018

Boulo Valcourt a mal au cœur

«Au cœur ça fait mal », sorti sous le label Manoumba Records, est le premier disque solo du guitariste Boulo Valcourt.

Compositeur idolâtré, timbre chaud, voix éraillé posée même sur les plus sinueuses mélodies : Boulo Valcourt couronne avec cet opus ses 50 ans de carrière musicale. Le natif du Cap-Haïtien s’est entouré de quelques bonnes têtes pour réaliser ce disque de dix morceaux peuplés d’amour, de romance, de lyrisme, de peine, de douleurs intimes.

« Si vous la rencontrez, dites-lui que je veux mourir. Dites-lui que je verse une rivière de larmes pour elle. Chaque jour, chaque nuit, c’est à elle que je pense. La souffrance finira par me déchirer en deux. Priez-la de venir me rejoindre » : on reconnait très vite les griffes du parolier Syto Cavé, toujours invité à tremper ses paroles  dans l’encre de la poésie.  Boulo et Syto sont deux complices, deux compagnons de route et de même goût : le premier habille de mélodies les textes bien ciselés du second.  

Cet opus a donc mérité la collaboration de nombreux artistes dont le parolier Jean-Marie Dominique. Au chœur : Michaëlle Delphin, Évangéline, Jeff Isma, Wilckenson Théodore, etc.

Au saxophone soprano, alto, ténor et au baryton, on retrouve  le multi-instrumentiste franco-tunisien Yacine Boularès avec qui Boulo Valcourt signe les arrangements.   Au piano : le claviériste du Tabou Combo, l’ingénieur et propriétaire de Final Mix Studio (où l’opus a été enregistré à New York), Jocel Alméus. À la section basse : Bobby Raymond et Rigaud Simon. À la batterie : Shedly Abraham et John Peterson Jean Tulien, alias Ti Batè. Et à la percussion : Clifford Sylvain. 

Cet album né de la rencontre entre  Kendy Vérilus et Rebecca Dirksen (pianiste classique et ethnomusicologue américaine dont le talent a été salué par le guitariste Boulo Valcourt. Celui qui, par la finesse de ses compositions, la beauté de ses mélodies et de ses accords vrillés, accompagne le succès de plusieurs artistes de la nouvelle génération reste un trésor musical et une icône inclassable dans l’histoire de notre musique.

Il est celui qui peut toucher à tout, qui peut balancer entre compas (son passage à Ibo Combo et à Caribean Sextet est gorgé de souvenirs de scène), bossa nova, jazz, musiques latines et racines. Qui n’aime pas la voix de Boulo Valcourt sur « Kòk gagè », « Fè van » ou le très célèbre morceau  « La Pèson » qui peut porter  le poids d’un double sens : un cœur blessé et déchiré qui chante un amour déçu. Mais un texte lié, pas intentionnellement, à un contexte politique, celui de la dislocation  du régime de Baby Doc.