Mardi 25 Juin, 2019

Birmanie: les deux journalistes de Reuters de nouveau condamnés en appel à sept ans de prison

Le journaliste birman Wa Lone (c), escorté par des policiers, après sa condamnation à sept ans de prison, le 3 septembre 2018 à Rangoun

Le journaliste birman Wa Lone (c), escorté par des policiers, après sa condamnation à sept ans de prison, le 3 septembre 2018 à Rangoun

Deux reporters birmans de Reuters, qui enquêtaient sur un massacre de musulmans rohingyas par l’armée, ont été de nouveau condamnés vendredi en appel à sept ans de prison, un jugement qui devrait encore attiser les tensions entre la Birmanie et la communauté internationale.

"Cette décision montre bien que la liberté de la presse est en grand danger en Birmanie", a réagi l'avocat des reporters Than Zaw Aung.

Leur défense peut encore se pourvoir devant la Cour suprême.

Ils sont accusés de s'être procurés des documents classifiés relatifs aux opérations des forces de sécurité birmanes dans l'Etat Rakhine, région du nord-ouest de la Birmanie, théâtre des exactions à l'encontre de la minorité musulmane rohingya.

Depuis, l'armée a reconnu que des exactions avaient bien eu lieu en septembre 2017 et sept militaires ont été condamnés à dix ans de prison.

Et un des policiers qui a témoigné dans ce dossier a reconnu que le rendez-vous au cours duquel les documents classifiés leur avaient été remis était un "piège" destiné à les empêcher de poursuivre leur travail.

- Verdict "dévastateur" -

Cette affaire connaît un fort retentissement à travers le monde, les organisations de défense de la liberté de la presse, les Nations unies et de nombreux pays occidentaux réclamant depuis des mois l’acquittement des journalistes.

"La justice birmane montre qu'elle est déterminée à punir Wa Lone et Kyaw Soe Oo alors qu'ils n'ont fait que leur métier", a déploré de son côté Daniel Bastard, représentant de l'ONG Reporters sans frontières, mettant en garde contre un verdict qui pourrait être "dévastateur" pour l'image du pays.

Depuis 2017, plus de 700.000 Rohingyas ont fui la région traumatisés par les violences de l'armée birmane et de milices bouddhistes et se sont réfugiés dans des camps de fortune au Bangladesh voisin.

En dépit de toutes les pressions, la justice a toujours maintenu les poursuites à l'encontre des deux reporters.

Aung San Suu Kyi, déjà très critiquée pour ses silences sur le drame rohingya, avait justifiée l'emprisonnement des deux hommes non "pas parce que c'étaient des journalistes" mais "parce qu'ils avaient enfreint" la loi.

Wa Lone et Kyaw Soe Oo ont été désignés, aux côtés de plusieurs confrères, personnalités de l'année 2018 par le magazine Time.

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