Vendredi 10 Juillet, 2020

Basket : une star de la NBA rêve de jouer pour Haïti

Matisse Vincent Thybulle célèbre un panier réussi contre Toronto Raptors. Photo : Sixers Wire, USA Today

Matisse Vincent Thybulle célèbre un panier réussi contre Toronto Raptors. Photo : Sixers Wire, USA Today

Sélectionné au premier tour du draft 2019 de la NBA à la 20e place par les Celtics, Matisse Vincent Thybulle a été transféré aux Philadelphia 76ers où il effectue ses premiers pas dans la plus grande ligue de basket du monde. 

Né d’un père Haïtien (Gregory Thybulle), Matisse a répondu aux questions de Paul Junior Prudent. Il évoque son expérience en NBA et de son envie de se rendre en Haïti, d’où son père a vu le jour. Interview


Loop : T’es un Rookie dans la ligue, pouvez-vous nous dire comment se déroule le processus d’apprentissage pour vous ?

MVT: C’est vraiment beaucoup ! Tu n’as pas à réapprendre à jouer, mais tu dois réapprendre beaucoup de choses, le jeu se déroule à une vitesse différente, tu joues contre les meilleurs joueurs du monde. Et pour mes premiers matches, j’ai commis beaucoup d’erreurs, j'ai appris des autres pour pouvoir me situer et réaliser ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire. Il est arrivé un point où, comme maintenant, je suis un petit peu plus confortable, je suis en mesure de réussir des tirs, et de bien défendre contre les joueurs... Jusque-là, c’est un énorme processus d’apprentissage. 
 

 

Loop : Tu sais que la ligue repose aujourd’hui sur la notion de vitesse et d’espace. Lorsque t’es sur le terrain, tu dois être en mesure de réussir des tirs. Parlons-nous un peu de ton adaptation à ce sujet, parce que nous savons que t’es reconnu surtout pour tes qualités défensives. Dis-nous comment tu te sens maintenant ? Et comment ça se déroule pour toi offensivement ?

MVT: Offensivement, ça progresse. Je ne regarde pas beaucoup les statistiques, mais je pense qu’actuellement, je fais partie du top 5 de joueurs avec le meilleur pourcentage de tir à 3 points réussis. Donc c’est plutôt cool. Surtout que beaucoup de gens n’avaient pas vraiment confiance en mes capacités de tirer à 3 points en arrivant dans la ligue. Et c’est l’un des aspects où j’ai beaucoup progressé. Comme je l’ai déjà dit, j’ai eu à apprendre beaucoup de choses, essayer d’être plus confortable avec la vitesse du jeu et anticiper où j’allais avoir mes tirs. Il faut dire aussi que j’ai d’excellents coéquipiers qui me trouvent dans de bonnes positions. 

Loop : En parlant de coéquipiers, nous savons que tu n'es pas un meneur ni un pivot. Jouer aux côtés d’Embiid (l’un des meilleurs pivots, si ce n’est le meilleur pivot de la ligue), Ben Simmons (l’un des meilleurs meneurs), qu’apprenez-vous de leur jeu ?

MVT: Beaucoup ! Ils sont la raison pour laquelle je suis là et que j’ai le succès que j’ai là maintenant. Il vous faut 5 joueurs pour défendre Joel Embiid ! Ce gars est un monstre. Et vous avez Ben Simmons, l’un des joueurs les plus rapides de la ligue, avec une taille de 6’10’’ (2,08 m). Ils attirent beaucoup d’attention, donc ils me rendent la tâche facile quand je suis sur le terrain, je dois juste rester derrière la ligne à 3 points, rester ouvert pour rattraper la balle et tirer. L’opportunité de complémenter Ben de cette façon a été très importante pour moi. Ce sont des joueurs tellement talentueux, je dois être en mesure de jouer un rôle de support pour eux, et être en contrepartie le complément de ce qu’ils apportent lorsqu’ils attirent toutes les attentions sur eux. 

Loop : Quand t’es sur le terrain, t’es un compétiteur, t’as pas peur de défendre sur quiconque en face de toi. Parlons-nous un peu de cet état d’esprit ! 

MVT: Il faut dire que j’essaie juste d’avoir cette attitude parce que personne n’a peur de vous [en tant que Rookie]. Et si vous avez peur, ils vont vous torcher sur le terrain. Et les entraîneurs me défient tous les jours pour défendre contre les meilleurs joueurs adverses. J’accepte le défi, et ils ont confiance en moi pour [accomplir la tâche]. C’est pourquoi je dois élever mon niveau et répondre peu importe qui est en face de moi : Kemba, Spencer Dinwiddie, Buddy Hield... Et la liste s’allonge. C’est mon défi tous les soirs pour forcer à ces joueurs de ne pas avoir une très bonne nuit eux-mêmes. 

Loop : L’attente pour votre équipe cette année est au plus haut niveau que jamais. Comment se déroule la saison pour vous ?

MVT: Il y a des hauts et des bas. Et je pense que c’est quelque chose que traversent la plupart des bonnes équipes. Les gens n’aiment pas quand les équipes perdent évidemment, mais cela fait partie du processus dont une équipe a besoin pour s’améliorer. C’est malheureux qu’on perde des matchs, mais parfois nous avions des joueurs qui ne se sentent pas en forme et qui ne jouent pas, donc c’est difficile [de gagner]. Mais je pense que cela nous guidera vers le bon chemin pour la deuxième moitié de la saison où nous pourrons vraiment avoir notre vitesse de croisière. Beaucoup d’équipes sont en pleine forme tôt et régressent en fin de saison. Mais nous nous voulons être au top de notre forme au moment où arrivent les playoffs et nous assurer que nous fonctionnons à plein régime. 

Loop : Pour les gens qui ne connaissent pas ton origine. Il y a une rumeur qui circule en Haïti disant que l’un de tes parents est Haïtien. Veux-tu en parler un peu avec le public ?
MVT: Ok (rires). Mon père est né et a grandi à Port-au-Prince. Il est venu à New York quand il avait 10 ans. Il a un grand frère, une sœur et un petit frère. Mon père était le seul d’entre eux qui était en Haïti, mais ils ont tous été élevés en tant qu’Haïtien. Ils étaient la première génération qui a laissé Haïti pour venir aux États-Unis. J’ai beaucoup de famille là-bas dont je suis impatient de rencontrer. Mais c’est difficile à cause du basket qui ne m’octroie pas beaucoup de liberté pour voyager où je veux. Mais j’ai besoin de me rendre là-bas, j’ai besoin de voir les gens, j’ai besoin de toucher ma terre natale (rires). J’ai vraiment envie de visiter le pays !

Loop: Es-tu ouvert à l’idée de jouer pour la sélection haïtienne de basketball, si les dirigeants te contactent ?

MVT: S’il y a une opportunité, c’est sûr que j’accepterai. Mais je ne sais pas vraiment grand-chose sur le basket haïtien actuellement. Si je peux aider de n’importe quelle manière je le ferai. Ce serait très sympa de jouer pour la Sélection Haïtienne de basketball ! Ce serait très spécial pour moi et encore plus spécial pour ma famille, parce qu’ils viennent de là. Ils ont grandi et ils ont connaissance de ce qui est en train de [se] passer là-bas. Je pense que pour ma famille, ce serait une chose extraordinaire si j’arrivais à le faire. 

Loop : Un petit créole pour les fans haïtiens ! 

MVT: Sak pase ?! (rires)
 

Loop : Merci et bonne chance pour le reste de la saison

MVT : Pas de problème. Merci ! 

 

Propos recueillis par Paul Junior Prudent

Insider haïtien

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