Mercredi 2 Décembre, 2020

Avec le confinement, les seins crient "vive la liberté"

Illustration: Getty Images

Illustration: Getty Images

Par Medginah Lynn Alexandre

Toujours coincés et compressés entre deux touffes de tissus fixés par des rubans d'armatures qui font pression pour qu’ils restent bien en place, les seins ont rarement la chance de respirer (pas étonnant que le premier prototype de soutien-gorge soit l'oeuvre d'un homme). Avoir l’occasion de se faire caresser les pointes par la douceur du vent, sentir l’effet anodin du tissu collé sur celles-ci, c’est définitivement un luxe pour nos pommes d'amour.

Pardon? Que dites-vous? Tous les seins n’en sont pas? Comment? Certains sont plus des cordes à sauter que des oranges? Des gants de toilettes, dites-vous?

Entre les publicités qui nous dictent incessamment les standards de la beauté féminine, les artistes qui exhibent dans leur vidéo faite de "mannequins" aux seins qui se pavanent et qui gonflent, sur lesquels on zoome continuellement pour s’assurer que notre cerveau ait le temps de retenir le cliché de l’idéal de la femme « sexy » ; c’est tout de même difficile de tomber loin des stéréotypes véhiculés par la société.

Je veux tout de même lever le rideau sur toutes ces femmes qui soumettent leurs seins à une torture journalière avec tout un dispositif de renforcement ou rembourrage. Halte debout! Droit devant! Hissons nos cordes! Jamais vers le sol! L'hymne du complexe des seins “doubout".

Nul besoin d'objecter avec vigueur et excitation, rappelez-vous juste de ce sentiment de soulagement qui vous empare à chaque fois que vous avez l'occasion de les enlever. N’allez plus très loin, dans un miroir, allez repérer les marques sur votre peau laissées par le soutif qui, trop serré, finit par comprimer la peau.

Le confinement est l’occasion idéale de renouer avec nos seins dans leur état naturel, de les aimer et de les accepter tels qu’ils sont. Je crois, du moins, j'espère que personne ne voudrait s’infliger cette stricte discipline de porter des soutiens de gorge même en étant coincée chez soi.

Voyons cette situation plutôt comme une opportunité dorée de pouvoir se regarder sans crainte d'être jugée, loin des regards dictés par des préjugés, sexistes, voire même haineux. En attendant que toutes les femmes arrivent à porter un regard bienveillant et à se réconcilier avec leur beauté au naturel, leur forme et leur grosseur, nos seins crient vive la liberté!

A propos de l'auteur

Medginah Lynn ALEXANDRE est économiste et analyste en genre. Jeune militante féministe, elle veut par ses écrits lever le voile sur certaines réalités qui sont certes spécifiques aux femmes et qui contribuent à renforcer des stéréotypes qui sont bien ancrés dans notre société.

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