Mardi 18 Septembre, 2018

Haiti-Culture: Atis rezistans, l’Art d’innover à partir des déchets

Illustration d'une oeuvre d'art confectionnée par Atis Rezistans - Crédit photo : STENCER SAINTELANGE

Illustration d'une oeuvre d'art confectionnée par Atis Rezistans - Crédit photo : STENCER SAINTELANGE

Transformer les déchets en œuvres d’art, telle est la principale mission de l’atelier ATIS REZISTANS. Créé depuis plus de 30 ans en Haïti, l’atelier expose des œuvres monumentales. Quoiqu’en dehors des projecteurs, l’équipe participe largement dans la promotion d’une société écologiquement viable.

« Tout ce qui ne se régénère pas se dégénère »,explique André Eugène, le vieux aux cheveux blancs, actuel leader du mouvement ATIS REZISTANS. Assistant à une vague dégradation de l’environnement, avec des compagnons sculpteurs, il trouve un moyen de s’occuper des débris et les intégrer dans l’artisanat. « Le déchet est l’âme de l’esthétique pour les artisans d’ATIS REZISTANS, le matériau principal pour parvenir à une œuvre parfaite», poursuit-il. Si les déchets en plastiques ou en métaux se révèlent inutiles et encombrants pour certains, pour ces artisans c’est l’inverse. Et ce, sur un motif louable : l’environnement.

« La création de l’atelier est issue de l’idée de protéger l’environnement. L’assemblage des débris est fait pour les réutiliser, les transformer en objets précieux et avoir un environnement sain et propre », enchaine le septuagénaire et militant de la Grand-rue. « Où que vous soyez, l’environnement dans lequel vous vivez doit vous interpeller» dit-il avec fermeté.

Fondé sous l’initiative du sculpteur Georges Laratte en 1970, cette pléiade d’artiste d’origine populaire, composée de peintres, sculpteurs, designers, plasticiens, caricaturistes, crée un monde nouveau dans l’artisanat et fait des déchets leurs principaux outils.

Un mouvement internationalement reconnu

Sur la base d’une production culturelle originale et innovante, ATIS REZITANS arrive à se faire une identité au-delà des frontières d’Haïti. « Nos travaux ne sont pas toujours appréciés en Haïti pourtant dans les expositions internationales auxquelles nous avons participées, soit en Suède à Stockholm, au Danemark à Copenhague, en Angleterre à Liverpool,  les étrangers accueillent nos œuvres avec euphorie», raconte Eugène. « La possibilité de voyager avec quelques artisans et apprentis de l’atelier nous ouvre l’horizon et nous permet de faire des mélanges interculturels et de remarquer à  quel point notre travail est apprécié à l’étranger ».

Cette situation de manque de reconnaissance en Haiti, Eugene n’est pas le seul à la connaitre comme artisan. Michel Lafleur, jeune calligraphe et vedette de la peinture déplore ne pas avoir assez d’encadrement sur le plan national pour continuer à produire, alors les portraits qu’il peint depuis quinze ans sont des perles rares pour les étrangers. « Les étrangers valorisent beaucoup plus nos œuvres que nos confrères haïtiens. En Haïti, l’artisanat est vraiment négligé et le focus ne se fait que sur la politique ». Pour Lafleur, le ministère de l’environnement devrait être partie prenante dans la promotion des œuvres d’ATIS REZISTANS, ce qui n’est pas le cas.

Un atelier avec des projets d’envergures

Avec les maigres moyens dont dispose l’atelier, Eugene rêve de créer une école d’art et un musée populaire. Transmettre son savoir reste pour lui une grande préoccupation. «Nous avons une quarantaine de jeunes à qui nous transmettons nos savoirs». «Former des élèves pour assurer la relève est le mot d’ordre. Lors de la toute dernière exposition internationale à laquelle je viens de participer au Danemark cinq jeunes étaient en ma compagnie».

Voulant marquer l’importance de l’unité en Haïti, en reprenant le slogan "Un Pour Tous, Tous Pour Un", Eugène crée le musée Epluribus Unum qui signifie l’unité dans la diversité. Il veut rassembler tous les haïtiens sous un même dénominateur avec ce projet de musée. « Le musée est en pleine émergence, un projet pour unifier les Haïtiens, collectionner les œuvres des autres artisans et conserver les produits originaux dérivant d’une inspiration locale ».

Une catégorie d’œuvre diversifiée

De la pierre taillée à la sculpture du bois, du bois à la corde pour arriver au plastique, le mouvement a tant évolué dans la stylisation de ses œuvres. «Boutèy plastik, fom, bouchon kola, anbalaj espageti, po sirèt, sachè dlo, vye karotchou, asyèt aliminyòm, mab, kuiyè, klou » sont les matériaux récupérés pour produire des produits tels «bale, rido, valiz, goumèt, et autres produits de type sculpture. Ce groupe d’artiste qui a représenté Haïti en 2007 aux festivités organisées pour le bicentenaire de l’abolition de la traite négrière au musée international de l’esclavage, à Liverpool en Grande-Bretagne a besoin d’encadrement, estime Eugène.