Dimanche 22 Septembre, 2019

Après l’incident à l’Ethnologie, Gourgueder interrogé par la justice

12 juin dernier, le minibus de Jean Yves Blot, doyen de la Faculté d’Ethnologie, traverse le corps d’un étudiant, John Gourgueder. Survenu dans un contexte de protestations à la faculté, la question de savoir s’il s’agissait d’un acte volontaire, donc criminel, tiendra les médias en haleine les mois qui suivront. Et hier, la justice qui s’est saisie de l’affaire a donné audience à un personnage clé, John Gourgueder.

Dans le cadre de son enquête, le juge d’instruction Chavannes Etienne a entendu l’étudiant victime en son cabinet. Flanqué de ses avocats, Me Kedma Derival et Me Carlo Germain, l’étudiant en 3e année s’est ensuite adressé à la presse, déterminé. Il y a fait un énoncé de principe, un rappel de ses motivations dans la lutte : « Car il faut que l’enseignement supérieur soit indépendant ».

A l’époque des faits John Gourgueder aujourd’hui en béquille, affirmait qu’il s’agissait d’un acte « criminel » du doyen fait en toute connaissance de cause : « « [Le doyen Jean Yves Blot] m’a regardé étendu sur le sol pendant longtemps… Et au moment où les deux autres camarades se sont déplacés, il a démarré son véhicule à vive allure en ma direction. Moi, j’ai cru qu’il allait s’arrêter devant moi. Il n’y avait aucune autre possibilité. Je suis resté et il m’a roulé dessus ».

Jean John Rock Gourgueder racontait aussi avoir été accompagné de deux autres protestataires, tous étendus sur le seuil de la barrière pour empêcher au doyen Jean Yves Blot de quitter l’institution.

Un déroulé des faits qui contrastait avec les propos de Jean Yves Blot contacté alors par LoopHaiti. Les étudiants protestataires en question, avait-il expliqué, ont été expulsés l’année dernière par le conseil de l’Université. Il y avait une assemblée à la Faculté et les doyens impuissants se sont référés au Conseil pour renverser la décision.

« Sur cette base, ils ont commencé à enflammer des pneus », raconte Jean Yves Blot. « Ils ont tenté de nous prendre en otage, en fermant les barrières ».

« Un d’entre eux a dit qu’aujourd’hui c’est deux cas : soit on les réintègre, soit ils brûlent et les gens et les voitures. (…) ».

« En sortant de la barrière, j’ai entendu un bruit sous la voiture. Il y avait des pneus enflammés dehors, je courais. J’étais dans un minibus (…) l’un [des étudiants] s’est jeté sous la voiture, je ne l’ai même pas vu (…), et j’ai continué. »

« Suite à ça, ils ont causé du désordre dans la faculté. Ils ont brulé quatre voitures ».

Etait-ce un acte volontaire ? Jean Yves Blot qui évoquait une tentative de « kidnapping sur le doyen Vaval » a alors répondu : « Au grand jamais, je ne l’aurais jamais fait. J’étais en train de m’enfuir de la faculté, et l’individu s’est plongé sous la voiture ».

Après l’incident, une commission d’enquête mandatée par le rectorat de l’Université d’Etat d’Haiti (UEH) mais dénoncée par les étudiants a été créée. Après plus de deux mois de travail, elle a rendu son rapport sur « l’incident malheureux » : « la victime était effectivement en dehors du champ de vision direct du conducteur qui ne pouvait en conséquence éviter un tel accident » ont écrit les rédacteurs du rapport qui disent avoir interrogé 20 personnes, parmi elles des membres du Conseil de Direction de la FE, des étudiants réguliers, des gardiens, des agents de sécurités, des témoins de l’évènement, les quatre (4) étudiants sanctionnés, les médecins traitant l’étudiant fracturé.

Selon les témoignages recueillis par la commission, deux versions des faits s’affrontent : « la victime s’était étendue sur le passage du véhicule dans le sens de la largeur de la barrière », « la victime s’était précipitée tout à coup devant le véhicule dans le même sens ». Les enquêteurs estiment qu’elles sont « toutes les deux invraisemblables ». 

Pour eux, la thèse la « plus plausible » est celle « d’une tentative d’agrippement acrobatique de la victime au minibus » qui a donné lieu à cet accident que les enquêteurs jugent de « stupide » et déplorent.

Par ailleurs, les enquêteurs ont faits une autre révélation pas anodine : « Selon des sources médicales, le patient aurait pu être exéaté après dix (10) jours d’hospitalisation, cependant il est resté au centre d’hospitalisation après un mois sous pressions externes, et en était sorti sans accord de suivi avec le médecin. »

Le rapport est paraphé par les professeurs Wilson Célestin et Louis-Charles Roland, alors que la commission d’enquête est composée de deux autres membres supplémentaires : Djacaman Charles et Wilhem Michel.

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