Mardi 26 May, 2020

Après 25 ans d’exil, un ancien Président haïtien retourne au pays

Après 25 ans d’exil, un ancien Président haïtien retourne au pays. AFP/HECTOR RETAMAL

Après 25 ans d’exil, un ancien Président haïtien retourne au pays. AFP/HECTOR RETAMAL

« Je suis venu pour aider mon pays et lui témoigner ma solidarité », a affirmé Jean-Claude Duvalier dans un style guindé, dimanche 16 janvier 2011, à son retour d’exil. D’aucuns se demandent en toute urgence avec quelle main compte-t-il nous aider et sous le poids de quel âge ? Un quart de siècle plus tard, quel germe de solidarité a moissonné dans le cœur de « Baby Doc » ?

Mais juste avant de s’interroger sur la volonté effective et efficiente de l’ancien « président à vie », - ses propres termes - , l’on devrait chercher à savoir qui a planifié ce retour à l’improviste à bord d’un vol d’Air France.

Dans l’après-midi de janvier, chacun s’étonne d’être témoin oculaire de ce retour. Jean-Max Bellerive, Premier ministre haïtien d’alors, a lâché ce commentaire lapidaire : « C’est un Haïtien et il ne va pas déstabiliser le pays ». Dans la tourmente, il a fait le lien entre la figure de Duvalier et le règne de déstabilisation.

Dans la cuvée, quelques 300 personnes venaient l’accueillir à l’Aéroport international Toussaint Louverture. Le « bon papa Jean-Claude » est de retour, scandaient certains. « Si Jean-Claude était là nous ne serions pas ainsi », reprenaient en chœur d’autres personnes.

Dans le champ de la société civile, le Réseau de Défense des Droits Humains (RNDDH) a appelé la « justice à sévir contre l’ex-tyran Jean Claude Duvalier et ses complices » dans un rapport publié à l’occasion du 25ème anniversaire de la chute de la dictature le 7 février 2011.

Avril 2011, après avoir décrit l’état des poursuites engagées contre ce dernier, Human Rights Watch a appelé l’Etat haïtien à « engager des poursuites judiciaires concernant les graves violations des droits humains commises sous le régime de Duvalier ». Cette affaire avait l’allure d’une « chance historique pour Haïti » de réhabiliter son image sur la question de l’impunité.

Après avoir refusé de comparaître à trois reprises par devant la justice haïtienne, d’un pas décidé, il s’est présenté enfin en février 2013. Lorsque le juge Jean-Joseph Lebrun lui a demandé s'il assumait ses responsabilités pour ses années au pouvoir. « À mon retour j'ai trouvé un pays effondré et rongé par la corruption. (...) C'est à mon tour de demander : qu'avez-vous fait de mon pays ? », répliquait l’accusé.

Béatrice Vaugrante d'Amnesty International Canada francophone, parlait de « journée historique pour la justice » avec « Duvalier face aux victimes ».

Mais, en janvier 2014, Human Rights Watch et Amnesty International ont souligné « un manque de volonté politique et des retards inacceptables au niveau des tribunaux risquent de permettre à Jean-Claude Duvalier, ancien " président à vie " d’Haïti, d’échapper à la justice pour des violations des droits humains ».

4 octobre 2014, l’ancien président Jean-Claude Duvalier a rendu l’âme, à l’âge de 63 ans, des suites d’une crise cardiaque sans avoir pu être jugé pour « crimes contre l'humanité ». Qu’on se le rappelle : 30 janvier 2012, le juge d’instruction Carvès Jean, en charge du dossier, a rendu une ordonnance en faveur de Jean Claude Duvalier.

Le président d’alors, Michel Martelly a salué, dans une formule alambiquée, la traversée d’un « authentique fils d’Haiti ». Tournure qui a provoqué la colère de plus d’un, dont les victimes de ce dernier.

A sa disparition, l’écrivain Lyonel Trouillot l’a qualifié de « dictateur au teint très pale », avant de nous inviter à le laisser se « reposer dans son insignifiance ».

De cette manière s’achève le règne de celui qui a dirigé la République d’Haïti de 1971 à février 1986.

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