Samedi 28 Mars, 2020

Apport de la nation haïtienne à l’émergence des droits de l’homme

Apport de la nation haïtienne à l’émergence des droits de l’homme.

Apport de la nation haïtienne à l’émergence des droits de l’homme.

Durant le début du XIXe siècle soit le 1er janvier 1804, la première nation noire est née. Le 18 novembre 1803, à Vertières, les indigènes ont été vainqueurs de la dernière bataille pour leur liberté contre l’armée napoléonienne. L’Indépendance de ce pays de nègres a marqué l’histoire de l’humanité en défiant l’une des plus grandes armées de l’époque. Cette victoire du côté des indigènes a mis fin à un système colonialiste, esclavagiste et ségrégationniste. C’est la raison pour laquelle on peut déduire que cette indépendance a donné naissance à l’un des droits les plus précieux reconnus actuellement à travers les instruments de protection des droits humains. C'en est l’égalité de droits entre tous les êtres humains sans distinction de race, de couleur, de sexe…

La question de protéger les droits des individus n’est pas apparue avec la naissance de l’humanité, mais a subi des évolutions progressives à travers les siècles et aussi à l’intérieur des territoires. Au début, les interventions en faveur des droits de l’homme étaient isolées. Les textes protégeant les droits des individus étaient pris à l’intérieur des Etats, ces derniers ne s'appliquaient pas sur le territoire des autres Etats (Spartacus, Magna Carta, indépendance américaine, etc.). Cette question est agitée, vu que depuis très longtemps la notion de souveraineté des Etats empêchait des interventions relatives à la protection des citoyens contre les dirigeants totalitaires ou pour protéger un territoire contre la domination coloniale. L’idée des droits de l’homme était liée à l’essor des classes moyennes qui voulaient avoir plus de privilèges dans les sociétés européennes. Comme l'a déclaré en 1927 le juriste grec, Nicolas Politis : « L’État souverain était pour ses sujets une cage de fer d’où ils ne pouvaient juridiquement communiquer avec l’extérieur qu’au travers de très étroites barrières ». Malgré les approches de John Locke apparemment fondées sur l’universalisme du droit naturel, le philosophe n’a développé que des théories destinées à protéger les droits des Européens de gens aisés.

La révolution de 1789 a doté la France d’une déclaration communément appelée "déclaration des droits de l’homme et du citoyen" mais celle-ci n'eut pas pour autant empêché à la France de pérenniser des colonies en Amérique et en Afrique. Parallèlement, les Allemands, en se réunissant à Francfort pour rédiger une nouvelle constitution protégeant les droits de ses citoyens, ont refusé de reconnaître l’autodétermination des peuples (Polonais, Danois et Tchèques) à l’intérieur de leur frontière. Ce qui nous amène à considérer qu’en réalité, la lutte pour la protection des droits n'embrasserait pas les individus dans leur humanité commune dans une perspective exhaustive, mais plutôt s'active suivant le poids social et économique qu'occupe l'État auquel ils sont rattachés par des liens de nationalité. Comme l'a écrit Lynn Hunt : « Les droits n’ont jamais disparu ni dans la pensée ni dans l’action, mais les débats et les décrets se trouvèrent désormais limités presque exclusivement au cadre national ».

Un coup d'œil dans le répertoire de ceux qui ont écrit sur Haïti nous aiderait à comprendre qu’à l’aube du XIXe siècle, plus précisément le 1er janvier 1804, la première nation noire du monde a pris son indépendance. Cette colonie française à Saint-Domingue, devenue Haïti aujourd'hui, a combattu la puissante armée napoléonienne. Pour répéter l’historien et l’ancien président d’Haïti, Leslie F. Manigat, cette nation a fait un « phénomène capital », elle a giflé le système esclavagiste maintenu depuis des siècles par l’Europe. Pour sortir de la domination coloniale orchestrée par la France, les esclaves à Saint-Domingue eurent puisé leur inspiration révolutionnaire à travers l’indépendance américaine et la révolution française de 1789. De son côté, le professeur Renan Hédouville, dans son ouvrage Le Défenseur des Droits Humains et sa mission au quotidien, a cité la phrase de Gaston Monnerville qui a été reprise par le Professeur Gérard Gourgue pour montrer les apports de l’indépendance haïtienne dans l’évolution des droits de l’homme : « Les Esclaves de Saint-Domingue en brisant leurs chaînes avaient rappelé à la France républicaine les principes de liberté, d’égalité et de fraternité qu’ils avaient tendance à oublier en dehors de leur frontière […] ».

À cet effet, le juriste René Julien a écrit dans son ouvrage intitulé "Droits humains : le droit des droits, expliqués aux citoyens" : « Les nègres de partout ont su montrer, à travers nos héros leur capacité de grandes choses dans la lutte pour le respect des droits de l’homme. La clairvoyance d’un Toussaint Louverture, le sens du combat difficile à gagner de tous les généraux de l’armée indigène, leur génie militaire, autant de choses qui n’ont d’égal que la justesse des ambitions et des actions qui ont fulminé contre la barbarie de l’esclavage à travers le monde ».

Au cours de cette grande bataille, les indigènes à Saint-Domingue ont pu prouver au monde entier l’égalité de tous les hommes sans distinction de couleur, de fortune, de sexe, de classe, etc. Que chacun puisse jouir de ses droits en tant qu’être humain libre au même titre que ces détracteurs. Cette « révolution-mère », réalisée par les esclaves en Amérique, était anti-esclavagiste, anticolonialiste et antiségrégationniste. Cette leçon fut répandue sur tout le continent américain, mais également et surtout dans le monde entier.

Après l’indépendance d’Haïti, vers les années 1809, Alexandre Pétion, chef d’Etat haïtien, allait propager cette idée nourrissante de la liberté imprégnée par nos ancêtres en aidant d’autres colonies de l’Amérique latine dans la lutte pour leur indépendance. Il s’est mis aux côtés de plusieurs autres libérateurs de l’Amérique latine (Simon Bolivar, Rose Martine) pour aider d’autres Etats à se libérer des puissances coloniales. Cela témoigne, à cette époque, l’intérêt de la nation haïtienne pour l’égalité entre tous les êtres humains et toutes les races dans le monde.

Aujourd’hui lorsqu’on parle des conditions d’émergence des droits de l’homme, on ne saurait oublier l’apport très considérable d’Haïti. Cet Etat de nègre a non seulement montré à l’humanité que les êtres humains sont égaux, mais aussi a contribué à l’indépendance de nombreux Pays de l’Afrique et de l’Amérique (Venezuela, Libye, etc.). Dans les manuels relatifs aux droits de l’homme, la contribution d’Haïti n’est pas souvent mentionnée, mais une chose est certaine, cette indépendance a changé la conception sur l’égalité des races humaines.

 

Par Peterson JEANTY

Avocat Stagiaire au Barreau de Port-au-Prince

Etudiant en M2 Droits de l’Homme à l’Université Lumière Lyon 2

Pjeanty52@gmail.com

 

Bibliographie

HEDOUVILLE Renan, Le Défenseur des droits humains et sa mission au quotidien, 2016, page 37

JULIEN René, Droits humains : ‘’le droit des droits’’ expliqué aux citoyens, Port-au-Prince, 2013, p.141

LYNN Hunt, l’intervention des droits de l’homme, 2013, p. 203

MANIGAT Leslie François, Eventail d’histoire vivante d’Haïti, 2001 p. 19

POLITIS Nicolas, Les nouvelles tendances du droit international, 1927, page 91-92

SEDJARI Ali, (dir) Droits de l’Homme entre singularité et universalité, l’Harmattan, 2010, p 183

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