Mardi 23 Avril, 2019

Annulation du carnaval : ces secteurs qui subissent les conséquences

Annulation du carnaval : ces secteurs qui subissent les conséquences

Annulation du carnaval : ces secteurs qui subissent les conséquences

De l’hôtellerie à la restauration, des secteurs de la construction aux télécommunications, du tourisme à l’artisanat : c’est toute une chaîne d’activités économiques qui subissent les conséquences de l’annulation du carnaval national, selon l’économiste Kesner Pharel.

L’annulation du carnaval par le comité organisateur et le ministère de la Culture a fait couler beaucoup d’encre et soulevé la grogne d’une palette d’artistes qui mettent en avant le caractère culturel et patrimonial de cette fête populaire. En conférence de presse, des artistes exigeaient la tenue de cette festivité, malgré les troubles politiques et la crise socio-économique qui frappent de plein fouet le pays, classé catégorie 4 dans la caraïbes par l’alerte américain en matière de sécurité.

De nombreuses agences (françaises et américaines) de voyages ont retiré Haïti de leur liste de destination privilégiée. Plusieurs compagnies aériennes (Air Canada, AirTransat, JetBlue et Delta) ont annoncé avoir suspendu ou réduit leurs (nombre de) vols vers Haïti.

Et vient la décision du gouvernement, contraint d'annuler les festivités carnavalesques pour cette année. Toute une chaîne de secteurs d’activités économiques, porteurs de richesses, subissent les conséquences de cette annulation, selon ce qu’a indiqué l'économiste Kesner Pharel, participant à une rencontre-débat autour de l’importance du carnaval pour le pays au restaurant Yanvalou.

L’économie culturelle, reposée sur les loisirs, la musique et le patrimoine au même titre que le secteur touristique subit les impacts. Il souligne l’apport de la diaspora haïtienne, une des principales sources de devises de notre économie. L’hôtellerie, poursuit-il, avec tout ce flot de visiteurs qui débarquent pour la saison, en a aussi pris un gros coup. Les taux d’occupation des chambres étaient d’ailleurs estimés faibles, d'après les constats lde la ministère du Tourisme quelques jours après les violentes manifestations qui ont mis à plat le secteur.

L’alimentation, les brasseries, la construction, les Télécommunications (le carnaval étant un moment de grande moisson économique pour les opérateurs locaux), les transports, le textile (couture), l’énergie, l’artisanat (création de casques, maillots, chapeaux en paillette), sans oublier bien sur le secteur culturel qui rassemble tout un lot d’opérateurs, de bandes à pied, de groupes musicaux et d’artistes qui performent pendant les trois jours gras.

Autant de secteurs qui ne tireront pas profit, selon l’économiste et PDG du Group Croissance. Tant au niveau micro que macro, le carnaval peut être un levier économique, susceptible de contribuer à une augmentation du PIB.

Il faut souligner néanmoins que plusieurs communes du pays, comme les Gonaïves, Jacmel, le Cap-Haïtien et les Cayes ont maintenu et organisé leurs activités carnavalesques et ont bénéficie à cet effet du soutien promis par le gouvernement pour l'occasion.

Une véritable industrie

Joseph Zenny dit T-Jo, intervenait la semaine dernière et tentait d'expliquer la "frustration" de certains consoeurs et confrères artistes par rapport à la non organisation du carnaval national. Les gens croient que les artistes sont uniquement des bambocheurs sans savoir qu'au fait, ce qu'il font, c'est leur boulot. "C'est un travail, un job. Un musicien, ça vend du plaisir, ça vent le pays", avait-il voulu souligner.

Peu de gens comprennent qu’une formation musicale est une véritable mini industrie, qui peut faire vivre d’autres corps de métier ou d’autres secteurs d’activités, a aussi soutenu l'acteur. « Pour une soirée musicale, illustrait-t-il dans son intervention, c’est toute une chaîne de services qui dessert le consommateur. La pompe à essence pour s’approvisionner en carburant, la taxi-moto si le fan ne possède pas un véhicule, les revendeurs de minutes, les restaurateurs, les hôtels, etc. » 

"Mais les gens pensent que nous sommes uniquement des bambocheurs." Et pire, "même la constitution ne nous reconnaît pas", avait-t-il rappelé.

Toutefois, l’artiste ne nie pas le bienfondé des critiques de nombreux citoyens contre une partie du secteur artistique qui réclame coûte que coûte le carnaval national annulé par l'Etat. Il est vrai que les artistes on mit du temps pour se faire entendre sur la question, mais là encore, toujours selon T-Jo, la faute revient à l’Etat qui a lui aussi pris du temps pour faire sa déclaration d'annuler le carnaval. A déclaration tardive, prise de position tardive, si on lit entre les lignes de l’artiste.

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