Samedi 24 Août, 2019

Jean Baden Dubois plaide pour une politique pro-croissance en Haïti

Jean Baden Dubois, gouverneur de la Banque de la République d'Haiti.

Jean Baden Dubois, gouverneur de la Banque de la République d'Haiti.

Jean Baden Dubois croit dur comme fer que la saignée de la gourde, le décrochage du taux de change résultent du déséquilibre entre les importations et exportations, des choix économiques faits par les gouvernements qui se sont succédés de 90 à nos jours, de l’instabilité socio-politique du pays et de la libéralisation du marché prônée depuis les années 86, sans prendre la précaution de protéger les producteurs locaux.  

« Désarticulation structurelle » de l’économie haïtienne

Après le ministre de l’Économie et des Finances, c’est au tour du gouverneur de la Banque Centrale d’opiner, au micro de Kesner Pharel, sur la situation macro-économique d’Haïti qu’il juge très complexe. Dubois réfléchit en profondeur sur le déséquilibre observé entre la monnaie locale (la gourde) et le dollar. « Durant ces trente dernières années, on a désarticulé l’économie de manière structurelle et on s’est installé systématiquement dans cette situation aujourd'hui intenable. 

Les gouvernements, a-t-il déclaré, ont fait choix de financer la consommation à partir des importations au lieu de financer la production locale, au lieu de se focaliser sur les secteurs porteurs de croissance dont l’agriculture (représentant 20% du PIB) et le commerce qui représente 28% de l’économie haïtienne. Le manque d’emplois, l’explosion démographique, non compatible à la croissance économique qui est de l’ordre de 1,5% (dérisoire, négative même, dit-il)  constituent aussi deux autres défis de taille à relever.

Une politique pro-croissance est nécessaire

En 2017, a-t-il rappelé lors de sa participation au Grand-Rendez-vous Économique de télé Métropole, les importations furent estimées à 4,5 milliards de dollars pour passer à 5,6 milliards en 2018 alors que, parallèlement, l’exportation n’a pas connu de hausse significative. Une politique pro-croissance doit être adoptée de manière générale dans tout le pays, exhorte-t-il. L'exécutif dans l’optique d’accorder une forte part du budget 2018-2019 au secteur agricole, a alloué 11,8 milliards de gourdes au ministère de l’Agriculture, contrairement aux anciens textes de loi de finances. « Le gouvernement est sur la bonne voie, renchérit M. Dubois. Cette mesure aurait dû être prise il y a vingt ans », dit-il.

Solutions structurelles

Le décrochage du taux, poursuit-il, est lié à des situations socio-politiques indépendamment des chocs externes comme le séisme et les ouragans. Les différents évènements qui ont secoué Haïti d’octobre 2016 à octobre 2018 (élections législatives et présidentielles, insécurité à Grand-Ravine, manifestations anti-gouvernementales, émeutes du 6-7 juillet, tuerie à la Saline) ne sont pas sans conséquences sur la politique monétaire qui peut être extrêmement efficace, soutient le gouverneur, mais seulement en situation de stabilité, a-t-il souligné.

La Banque Centrale se dit « prête » à ramener le marché du dollar à un taux plus bas, à conditions qu’un climat de « stabilité » soit installé, que les acteurs au timon des affaires « mettent le cap sur la production et la croissance » et protègent les producteurs locaux. Le numéro un de la BRH affirme qu’il faut plus que jamais éviter de résoudre les problèmes structurels, cumulés après plus d’une vingtaine d'années de gouvernance, avec des solutions conjoncturelles.

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