Mercredi 21 Août, 2019

54 % des chefs d'Etat haïtiens ont été renversés puis exilés

Le président haïtien, Jovenel Moïse, prête serment au Parlement le 7 février 2017 à Port-au-Prince (AFP/HECTOR RETAMAL)

Le président haïtien, Jovenel Moïse, prête serment au Parlement le 7 février 2017 à Port-au-Prince (AFP/HECTOR RETAMAL)

La République d'Haïti, de sa fondation en 1804 à nos jours, a connu pas moins de 52 chefs d'Etat. Cela inclut les rois, l'empereur, les présidents à vie, les présidents et les présidents provisoires. 54 % d'entre eux ont été renversés puis exilés, a rappelé ce mardi 23 avril à travers un tableau graphique, Roudy Stanley Penn, directeur de Politicotech.

Des 52 chefs d'Etat qu'ayant connu la République d'Haïti, de 1804 à 2019, seulement 24 pour cent ont pu terminer leurs mandats, selon un tableau graphique rendu publique ce 23 avril par la firme Politicotech, dirigée par le politologue Roudy Stanley Penn. Neuf pour cent de ces dirigeants sont morts en fonction. Huit pour cent ont été assassinés au pouvoir et 54 % ont été "renversés puis exilés". Ce qui n'est pas une bonne chose, selon Penn joint au téléphone par la rédaction.

Comment expliquez-vous cela ? "Dans l'histoire d'Haïti, la majorité des leaders ayant atteint la magistrature suprême de l'Etat - soit 29 d'entre eux- ont été des anciens membres des forces armées". La plupart ont gagné le pouvoir suite à une bataille militaire et ont été renversés à leur tour de la même manière, fait-il remarquer lors d'un entretien avec notre rédaction. L'histoire politique du pays "est jalonnée de ces choses", regrette-il. Il faut souligner néanmoins que 17 des 52 chefs d'Etat haïtiens sont d'anciens parlementaires. 20 ont occupé une fonction gouvernementale et 12 ont été à un poste judiciaire. Seulement quatre présidents n'entrent dans aucun de ces schémas.

 

Conséquences de ces renversements ?

L'instabilité politique. "Excusez-moi de le dire, mais elle est devenue inhérente à la culture politique d'Haïti", souligne Penn, rappelant en passant que cette tendance à évoquer le tabula rasa comme solution à toute situation de crise en Haïti est quelque chose dont nos politiques ont héritée "dès la fondation de la nation". "Ces données nous montrent que l’instabilité n’est pas un phénomène étranger à la politique haïtienne, mais bien installée depuis la création même du pays", a-t-il fait savoir sur Facebook.

Quelle issue ? Comme solution à cet état de fait, Roudy Stanley Penn, qui dit observer la marche des choses, propose "la culture de la tolérance", le respect du principe "d'alternance politique" et la prise au sérieux de la notion de "continuité" dans l'Etat et de l'Etat. Il faut, selon lui, couper court avec cette manière de penser l'Etat à l'image de son chef actuel, au détriment des projets entamés par les prédécesseurs. "Car l'Etat n'est pas une personne, mais tout un appareil qui doit continuer, quelque soit le président".

Jovenel Moïse, risque-t-il de rejoindre la liste de ces présidents qui n'ont pas terminé leur mandat ?

Depuis maintenant plusieurs mois, l'opposition politique haïtienne réclame le départ de Jovenel Moïse, qui vient d'avoir en février dernier, deux ans à la tête du pays. Les opposants au pouvoir PHTK reprochent au chef de l'Etat de ne pas donner de résultats, de ne pas respecter ses promesses, de favoriser le gaspillage des fonds publics, la détérioration des conditions de vie de la population et de faire obstacle à la tenue du procès Petrocaribe.

Le départ de Jovenel Moïse ne serait "pas la meilleure solution", selon Penn qui soutient, en même temps, que Moïse est tenu de donner des résultats. "Car c'est pour cela qu'on l'avait élu", dit-il. "On a davantage d'intérêts à forcer les dirigeants à donner des résultats qu'à lui demander de démissionner ce moment", croit le DG de Politicotech.

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