Jeudi 17 Octobre, 2019

Haïti : 5 pratiques courantes à bannir dans les soins du nouveau-né

Stéphaine Besson Olutrin, Sage-femme

Stéphaine Besson Olutrin, Sage-femme

Accueillir un nouveau-né dans la famille représente non seulement une source de joie pour la fratrie mais aussi et surtout une porte ouverte sur de nouvelles responsabilités et un nouveau train de vie. La fragilité de ce petit être qui fait à peine connaissance avec cet environnement qui ne lui est pas encore familier est telle qu’on doit être pointilleux dans le traitement que nous lui réservons. En Haïti, de même qu’il existe des pratiques et représentations liées à la grossesse et à l’accouchement, il en existe aussi qui concernent les nouveau-nés.

Certaines pratiques n’ayant aucune origine scientifique ont pu traversé les générations. Vous en avez sûrement entendu parler ou si vous êtes parents, elles vous sont déjà été proposées. Attacher l’enfant; l’emmailloter au max pour qu’il grossisse; presser son sein afin d’éviter qu’il sente fort, sont entre autres des habitudes que les Haïtiens traînent avec eux comme un patrimoine culturel. Ces croyances sont cependant rejetées d’un revers de main par les personnels de la santé qui, d’un avis commun, se mettent d’accord sur leurs conséquences. Questionnée sur la question, Stéphanie Besson Olutrin, sage-femme, fournit des explications. Voilà donc cinq pratiques qu’il faudrait bannir après lecture de cet article.

1 -  Attacher l’enfant pour qu’il soit fort et solide

Cette pratique constitue à attacher fortement le bébé au niveau de son tronc (poitrine et abdomen) par une sangle/bande faite à partir d'un tissu quelconque. Selon ceux qui s’y adonnent, l’enfant, quand il va grandir, sera doté d’une force extraordinaire et il serait difficile pour qui que ce soit de le vaincre au cours d’une éventuelle bagarre. « La force d’un enfant n'est nullement le résultat d’une telle pratique ou croyance » dément Mme Olutrin. Au contraire, l'attacher trop fort « peut avoir des répercussions sur la santé du nouveau-né. Cela va comprimer sa cage thoracique, où sont logés les poumons, ce qui pourrait provoquer un reflux gastro-œsophagien, voire l’asphyxie chez l’enfant » dit-t-elle.

2 - Presser son sein pour empêcher une odeur corporelle désagréable à l’avenir

Normalement, tous les nouveau-nés, à leur naissance, émettent une sécrétion blanchâtre au niveau de leur sein et leur appareil génital. Ce phénomène appelé « crise génitale » est bien normale ; il résulte des hormones maternelles pendant la grossesse. Ce liquide s'évacue tout seul. « En aucun cas, ce liquide ne va influencer sur l'odeur corporelle d’un enfant. Presser les siens du nouveau-né peut causer des abcès, ainsi que d'autres complications au fil du temps » dixit Mme Olutrin.

3 - Bien sectionner le cordon ombilical pour garantir la longueur du pénis

A la naissance, plus long le cordon ombilical est sectionné, aussi long sera le pénis, croient certains parents haïtiens. A cela Mme Olutrin, qui aide les femmes à mettre au monde leurs bébés répond: « La section du cordon ombilical ne modifie nullement la longueur du pénis. Celui-ci varie en fonction de la race et de l'hérédité ». Le « kòd lonbrit » appelé cordon ombilical assure le transfert materno-foetal à travers le placenta. Le sang oxygéné, les nutriments arrivent au placenta et rejoignent le fœtus grâce à ce cordon.

4 - Priver le bébé des premières gouttes du lait maternel

Les premières gouttes, selon les dire de certains, seraient néfastes pour la santé du bébé et il serait déconseillé de lui en donner. Voilà une affirmation à laquelle il ne faut pas se fier. Le premier lait, appelé Colostrum, est une sécrétion épaisse, jaunâtre survenant en petite quantité dans les 2 à 3 premiers jours qui suivent l'accouchement. « Le Colostrum est riche en anticorps qui protègent le nouveau-né contre les infections ; en sels minéraux, en protéines et lipides nécessaires à la croissance du bébé; en enzymes et hormones pour une bonne digestion et son métabolisme hépatique ; en vitamines, dont la vitamine E. Jeter ce premier lait, c'est priver le nouveau-né de tous ces bienfaits.

5 - Insérer le clitoris à l’intérieur du vagin afin qu’il ne soit pas trop visible

A la naissance, le clitoris du nouveau-né féminin peut être proéminent. Ceci ne constitue pas une anomalie. « La sexualité de l'adolescente ne dépend pas du fait que le clitoris a été pressé ou non » précise l’obstétricienne. « Son environnement y jouera un rôle crucial, d'où l'importance d'une bonne éducation sexuelle tant au sein de la famille, à l'église et à l'école dès l'adolescence le plus tôt que possible », conclut-elle.

Il est important de prendre soin de son bébé ; de le tenir loin de tout ce qui pourrait nuire à sa santé mais aussi à son bon développement. Cependant, l’excès en tout nuit. Soyez prévenant, mais soyez rationnels.

 

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