Jeudi 2 Juillet, 2020

5 conseils pour une meilleure gestion de la chose publique en 2020

Me Endy Frédéric, avocat au Barreau de Port-au-Prince ; 
Spécialiste en Droit Public et en management des Institutions publiques;
Crédit Photo: FB Endy Frédéric

Me Endy Frédéric, avocat au Barreau de Port-au-Prince ; Spécialiste en Droit Public et en management des Institutions publiques; Crédit Photo: FB Endy Frédéric

En Haïti, quelque minime que puisse être un problème socio-économique ou politique, il faut vérifier si la source et la solution ne se retrouve pas au sein même de l'administration publique. Les failles de ce secteur sont énormes, et de nombreuses brèches sont souvent laissées. Me Frédéric propose 5 conseils pour une meilleure gestion de la chose publique en 2020.

1-    Maintenir l’état de santé de l’administration publique haïtienne

S’il est difficile d’opérer un malade avec une santé instable et critique, la meilleure action à poser est de stabiliser sa situation. L’administration publique haïtienne, à l’heure actuelle, ne fonctionne pas car sa santé est extrêmement précoce. Il faut d’abord maintenir son état. Ce qui signifie : faire respecter les règles juridiques en vigueur, augmenter le contrôle interne, auditer régulièrement, appliquer les principes du contrôle de gestion. Maintenir veut aussi dire lutter davantage contre la corruption, la fraude, la malversation et le détournement des fonds publics, rechercher les coupables et les punir conformément à la loi ; Bloquer les embauches pendant un temps, puis engager des jeunes qualifiés et des têtes compétentes pour le début de la réforme.

2-  Mettre la bonne personne au bon endroit et au bon moment

Source de frustration et présentéisme dans l’administration publique, les agents ne sont pas bien titularisés dans la hiérarchie administrative pour la plupart. Dans le temps, en intégrant l’administration publique hors des règles prévues par la loi, ils sont casés quelque part sans avoir à occuper un poste vacant correspondant à leur profil réel. Certains sont certes présents mais ne travaillent pas. D’autres tâtonnent sur des tâches pour lesquelles leurs compétences ne sont pas adéquates. Cependant, il serait managérialement injuste et illégalement difficile de les licencier même suivant l’article 198 du décret du 17 mai 2005 sur la fonction publique. L’une des choses à faire est de suspendre les nominations, faire une évaluation générale de leurs qualifications et compétences, les redéployer pour mettre les bonnes personnes aux bonnes places, avec les privilèges y afférents.  

3-  Trouver les moyens d'augmenter le salaire et attirer les meilleurs dans la fonction publique

Un fonctionnaire sous-payé ou non payé à temps est démotivé et désemparé. Frederick Herzberg et Abraham Maslow ont montré que si le salarié est payé, sa motivation reste telle quelle mais quand il ne l’est pas, il est démotivé. Dans la fonction publique, non seulement les fonctionnaires sont sous-payés mais le payroll connait toujours des retards considérables. D’autres comme les contractuels comptaient jusqu’à trois à six mois avant de recevoir leur paie. Dans ce cas, la fonction publique est réduite à une peau de chagrin. Si les agents y restent ce n’est que pour de bonnes raisons au sens de Roland Reiter, car sa capacité à fidéliser et attirer les meilleures compétences fait défaut. En ce sens, lutter contre la corruption, le détournement de fonds, la malversation, rentabiliser et rationnaliser les dépenses publiques sont des éléments de correction pour non seulement augmenter le salaire mais payer à temps les fonctionnaires. Si l’État doit fournir des services de qualité à la population, il doit avoir les meilleurs cerveaux imprégnés du sens de service public dans son administration.

4-    Valoriser le salaire des fonctionnaires et réduire la pauvreté 

Augmenter le salaire des fonctionnaires pour faire face au coût de la vie est éphémère, conjoncturel et superficiel tant que les prix continuent à monter d’un cran sur le marché. Et il arrivera un moment où l’État, comme aujourd’hui, n’a pas la capacité réelle d’ajuster le traitement de ces agents. D’ailleurs, depuis plus de sept ans, le salaire dans la fonction publique a subi aléatoirement un petit ajustement au gré de la commission sur les salaires. Il perd en effet la moitié de sa valeur en le calquant sur le dollar américain. Le problème est la non production agricole et l’importation des produits américains et dominicains. Le taux d’inflation et du chômage ne peut jamais être réduit tant que l’État ne décide de construire sur le structurel et le durable. Aucun pays ne peut atteindre la croissance et le développement sans la production ou avec l’importation. Plus Haïti continue d’importer, plus les salariés seront plus pauvres et que la population en général ne pourra jamais manger à sa faim. Même si tout est prioritaire dans ce pays, l’État doit faire de l’agriculture et l’éducation ses principales priorités pour valoriser le salaire en général et permettre à la population de vivre mieux. Les millions de dollars gaspillés dans des projets mesquins et surtout non rentables doivent être investis dans l’agriculture.

5-    Gestion rationnelle du parc automobile de l’État

Il est illogique de demander à un cadre de laisser un véhicule de service dans un parking d’une administration pour rentrer en transport en commun comme le voulait le PM d’alors dans les conditions que l’on sait. Certes, les véhicules sont détruits même avant leur valeur comptable. Une simple panne suffit pour qu’ils soient oubliés quelque part. Le phénomène « dekouvri SenPòl pou kouvri SenPyè » est aussi irrationnel. Prendre des pièces dans une voiture en panne pour réparer une autre est une mauvaise pratique mais très courante dans certains ministères. Des chauffeurs iraient même à écraser ou dégrader le véhicule pour qu’il ne soit plus convoité par la hiérarchie.

Responsabiliser le fonctionnaire serait une approche rentable. L’État peut adopter le modèle utilisé par certaines banques de la place. Un plan de voiture pour les fonctionnaires remplissant les conditions à fixer par l’OMRH et le MEF protègera le parc automobile de l’État. Vu que ce dernier a peu de moyens actuellement, il paie par exemple, la moitié du prix et l’autre est supporté par le fonctionnaire bénéficiaire qui doit fournir à l’État sept ans de service au minimum pour devenir le propriétaire final du véhicule et souscrire à un autre plan suivant sa volonté.

A propos de Me Endy J. Frédéric

Il est avocat au Barreau de Port-au-Prince, spécialiste en Droit Public et en management des Institutions publiques et détenteur d’un Master II en Management des Institutions publiques de l’Université de Liège-HEC. Diplômé de l’École Supérieure de la Francophonie pour l’Administration et le Management, il est licencié en Droit à Faculté de droit et des sciences économiques et a reçu une formation de niveau de licence en Sociologie à la Faculté des sciences humaines. Il a suivi une formation sur le Parlementarisme de l’Université Laval en partenariat avec la francophonie des Amériques. 

Son parcours professionnel est riche en expériences tant dans l’administration privée que publique. Il a prêté ses services comme Chargé des affaires juridiques à l’une des grandes banques haïtiennes. Il a mis ses compétences sur l’élaboration de plus d’une trentaine de textes de lois et réglementaires en vigueur en Haïti, notamment sur l’organisation et le fonctionnement de l’administration publique.

 

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