Mardi 20 Août, 2019

12 évènements qui ont marqué l’année 2017

Investiture de Jovenel Moise. Credit : Page Twitter de Jovenel Moise

Investiture de Jovenel Moise. Credit : Page Twitter de Jovenel Moise

2017 aura été l’année de tous les tumultes. Au début euphorique, Raquel Pélissier rate de peu la consécration ultime à Miss Universe, elle tracera rapidement un parcours en dent de scie fait d’horreur, viol collectif à Filipo, d’indignation, arrestation et extradition aux Etats-Unis pour trafic de drogue d’un sénateur élu ou de fiascos éclatants, opération Grand Ravine.

De grands évènements ont aussi jalonné la course folle de 2017 dont le départ de la MINUSTAH et la remobilisation des forces armées d’Haiti. En 12 étapes, notre rétrospective.

 

1. Raquel Pélissier, première dauphine Miss Universe 2017

Lorsque LoopHaïti a lancé la question « Et si Raquel Pélissier nous ramenait la couronne de Miss Universe ? » dans le titre d’un article le 16 janvier 2017, personne ou presque n’avait envie d’y croire.  En se basant sur son apparence physiques, ses compétences linguistiques et sa popularité sur les réseaux sociaux,  notre rédactrice avait pourtant vu loin pour espérer de voir la candidate d’Haïti hissée dans le top 5. Exagéré non ? Raquel Pélissier a créé la surprise à Philippines dans la soirée du 30 janvier en devenant la première dauphine parmi les 86 postulantes à la 65ème édition du concours Miss Universe. Elle est la deuxième haïtienne à aller aussi loin dans ce concours depuis 1975. Il s’en est fallu de peu pour qu’elle soit couronnée Miss Universe tant elle n’a rien à envier à la miss France Iris Mittenaere: beauté, grâce, intelligence... À défaut de nous ramener la couronne, la jeune femme de 25 ans aura réveillé la fierté de toute une nation en faisant flotter le bicolore haïtien devant des millions de téléspectateurs à travers le monde.  Depuis, l’étudiante en optométrie  aux 165,000 followers sur Instagram endosse le manteau d’ambassadrice pour son pays.

2. Viol collectif à Pétion-Ville

Nous sommes fin de janvier 2017, une vidéo de 3 minutes se propage comme un virus sur les réseaux. Elle montre un groupe de plusieurs jeunes hommes en train de violer une adolescente à visage découvert. On est en présence d’un viol collectif. Le crime a été commis à Fillipo, un quartier populaire à Pétion-Ville. La victime est une mineure âgée seulement de 16 ans.

L’affaire revêt la dimension d’un drame national tant l’horreur et consternation ayant suivi dans l’opinion publique ont galvanisé les critiques envers les autorités qui n’ont pas su assurer la sécurité de la population. Acculé, le commissaire du gouvernement d’alors, Jean Danton Leger, a décidé de faire quelque chose en annonçant une récompense de 500,000 gourdes à ceux qui permettront à la police de mettre la main au collet des agresseurs. Très vite, la PNH a réussi un important coup de filet en appréhendant de 12 individus présumés impliqués dans ce viol collectif. Le 22 juin, Remy Luckenson (Sonsonn) et Emile Jean Wisky, deux des violeurs « présumés » de Pétion-Ville en cavale depuis février sont arrêtés. Mais la publication sur les réseaux sociaux d’une vidéos où ces présumés violeurs ont été victimes d'une scène d'horreur perpétrée par des agents de l’ordre a occasionné un déluge de condamnation sur internet.

3. Arrestation du sénateur élu Guy Philippe

Élu sénateur de la Grand'Anse aux élections du 20 novembre 2016 sous la bannière du Consortium National, Guy Phillipe, 49 ans, n’aura pas siégé une seule journée au sénat de la République même s’il détenait son certificat du CEP. Il a été arrêté subitement dans l’après-midi du jeudi 5 janvier par des agents du BLTS alors qu’il venait de participer à une émission à radio Scoop FM.

Il fut immédiatement conduit à l'aéroport Toussaint Louverture vers 9 heures dans la soirée pour être extradé aux Etats-Unis. Activement recherché par la justice américaine depuis 2005, l’ancien commissaire de police est accusé de blanchiment d’argent et de trafic de drogue. Accusations pour lesquelles il aura plaidé coupable le 24 avril 2017, après avoir longtemps clamé son innocence. Sa coopération avec les autorités américaines lui a permis de d'échapper la peine de prison à vie dont il était passible. À présent, Guy Phillipe qui forcé la chute du président Jean-Bertrand Aristide en 2004, écope 9 ans de prison. La sentence est prononcée le 21 juin dernier.  La résolution que 24 sénateurs ont votée le 15 mars dernier pour exiger son retour immédiat ainsi que tous ceux qui sont détenus illégalement aux États-Unis en vertu de l’accord du 17 octobre 1997 est passée comme une lettre à la poste.

4. Investiture de Jovenel Moïse : février 2017

Organisée le 7 février 2017, l’investiture de Jovenel Moïse, 58ème président de la République d’Haïti est un évènement doublement important. Non seulement parce qu’elle met fin à d’un long processus électoral entaché « d’irrégularités » et à la transition en place depuis une année avec le gouvernement Privert-Jean-Charles, mais surtout elle consacre un retour à l’ordre constitutionnel après 16 ans (René Garcia Préval a été investi le 7 février 2001).

La cérémonie d’investiture s’est déroulée en deux temps. Dans la matinée, Jovenel Moïse, élu au premier tour à 55,60% des votes a prêté serment devant l’Assemblée nationale comme le veut le protocole. Puis s’est tenue une messe d’action de grâce au Palais National présidée par le cardinal Chibly Langlois, suivie du Te Deum traditionnel où le nouveau chef d’Etat de 48 ans alors a prononcé son premier discours en présence de 2,200 invités potentiels parmi eux les chefs d'Etats et de gouvernement du Vénézuéla, de la République dominicaine, de l’Equateur et de Trinité-et-Tobago ainsi que des diplomates étrangers.

5. Un étudiant de l’Ethnologie blessé par le doyen Yves Blot : juin 2017

Un acte horrible qui a créé dans de remous dans la communauté estudiantine et dans les médias. Le 12 juin, le minibus de Jean Yves Blot, doyen de la Faculté d'Ethnologie a roulé sur l’étudiant en troisième année, Jean John Rock Gourgueder qui en est sorti grièvement blessé. L’incident survient dans un contexte survolté où des étudiants de la Faculté protestaient pour exiger la réintégration de certains de leurs camarades expulsés.

Depuis, les portes de la faculté sont restées fermées. Si certains qualifient de « tentative d’assassinat » l’acte de l’anthropologue Blot, ce dernier nie avoir fait exprès. « Au grand jamais, je ne l’aurais jamais fait. J’étais en train de m’enfuir de la faculté et l’individu s’est plongé sous la voiture ». Le rapport de l’enquête menée par une commission formée par le rectorat de l’Université d’Etat d’Haiti (UEH) a conclu en date du 30 août que le doyen Blot « ne pouvait éviter un tel accident ». Parallèlement, la justice s’est saisie de l’affaire. Le juge d’instruction Chavannes Etienne a entendu l’étudiant victime en son cabinet le 23 novembre dernier. À la presse, M. Gourgueder a fait un énoncé de principe, un rappel de ses motivations dans la lutte : « Car il faut que l’enseignement supérieur soit indépendant ».

6. Révocation du ministre des Affaires sociales : août 2017

À la veille de la rentrée des classes, le gouvernement est secoué par un scandale de corruption. Le dossier concerne la préparation de kits scolaires à distribuer à des écoliers. Il a été constaté que les coûts calculés par les responsables de ce programme ont été surévalués. On parle d’un détournement de 119 millions de gourdes impliquant plusieurs hauts cadres du gouvernement. Le président a réagi par la voix de son porte-parole Lucien pour annoncer l’ouverture d’une enquête. Laquelle enquête s’est soldée par la révocation en date du 29 août du ministre des affaires sociales Roosevelt Bellevue.

Ce dernier a dénoncé les accusations portées contre lui et se pose en « victime » d’une machination. Pas de retour en arrière possible. Il est immédiatement remplacé ad interim par le Premier ministre, Jack Guy Lafontant, puis par Stéphanie Auguste, déjà ministre des Haïtiens vivant à l’étranger (MHAVE) est appelé définitivement à ce poste. Mais jusqu’à date, M. Bellevue, l’homme par qui le scandale a éclaté.

7. La menace de l'ouragan Irma : septembre 2017

On s’attendait à bien pire quand on a appris que le phénomène a balayé plusieurs îles dans les Antilles dont Cuba, Saint-Martin et Saint-Barthélemy. 7 septembre, Haïti vulnérable aux moindres intempéries est placé en alerte rouge et la population a retenu son souffle au passage d’Irma, l’un des ouragans de la saison cyclonique 2017 aux fortes pluies et vents violents. À la suite d’un concours de circonstances, un léger changement de trajectoire a permis à l’ouragan de toucher faiblement le Nord du pays où le bilan a été moins lourd que celui de l’ouragan Matthew de l’an dernier : un mort, une personne disparue, 17 blessés, 350 maisons inondées, 8 000 familles sinistrées.

Irma a néanmoins été l’ouragan de tous les records. Avec ses vents à vitesse maximale de 295 km / h, il s’agit de la plus forte tempête enregistrée dans l'Atlantique en dehors des Caraïbes et du Golfe du Mexique.

8. Publication du budget 2017-2018 : septembre 2017

C’est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre. La loi de finances 2017-2018, la première élaborée par l’Exécutif en ce début de quinquennat et votée par le parlement a été l’objet de controverse durant le mois de septembre. Les citoyens remettaient en cause le contenu de ce texte qui impose des hausses de taxes et d’impôts.

L’opposition aura beau organiser des journées de manifestations souvent émaillées de violences pour dénoncer le budget, elle se révélera impuissante pour contraindre le gouvernement à faire marche arrière. Après maintes tergiversations, Jovenel Moïse gagnera son pari en publiant le texte, sans grandes concessions, dans le numéro 27 du Moniteur, daté du mardi 19 septembre 2017.  Le budget est rentré en vigueur au début de l’année fiscale le 1er octobre dernier.

9. Départ de la MINUSTAH : octobre 2017

Déployé dans le pays depuis 2004 au lendemain de la chute du régime de Jean-Bertrand Aristide, la Mission des Nations Unies pour la stabilité en Haïti (MINUSTAH) a officiellement clôturé ses activités le 15 octobre. Les soldats casques bleus ont certes mis en œuvre des opérations de secours lors des catastrophes naturelles, contribué à la sécurité des dernières élections, mais « il reste encore beaucoup à faire pour qu’Haïti atteigne la stabilité et le développement durable auxquels tous et chacun aspirent », a reconnu Sandra Honoré qui a dirigé la MINUSTAH ces quatre dernières années.

En 13 ans de présence, l’image de la mission onusienne aura été ternie par scandales d’abus sexuels, des actes de violence et l’introduction de l’épidémie de choléra ayant fait et plus de 10,000 morts. La décision de mettre fin à la mission émane du Conseil de sécurité de l’Organisation des nations unies qui a décidé jeudi 13 avril de la remplacer par une force de police baptisée Mission des Nations unies pour le soutien de la justice en Haïti (MINUJUSTH) qui se doit deformer la police nationale et travailler au renforcement de l'État de droit avec un effectif de 1 275 policiers.

10. Remobilisation des Forces Armées d’Haïti (FAD’H)

C’est une promesse de campagne que le président Jovenel Moïse s’est attelé à concrétiser : la remobilisation de l’armée.  À l’occasion de la bataille de Vertières le 18 novembre dernier, des militaires ont défilé dans la ville du Cap-Haïtien en présence du chef de l’Etat, de hauts dignitaires et de plusieurs autres membres de son gouvernement, pour marquer officiellement le retour des Forces Armées d’Haïti (FAD’H) dont le Colonel Jodel Lesage, membre des forces armées sous la dictature de Jean Claude Duvalier est appelé à diriger à titre de chef d’État-major.

Mais la décision de remettre sur pied l’armée d’Haïti ne fait pas l’unanimité au sein de la société haïtienne. Entre des citoyens qui augurent le rapatriement de la souveraineté nationale, d'autres qui estiment que la priorité de l'heure n'est la mise sur pied des forces armées pour des raisons diverses; et les interventions de certains hauts gradés de l'ancienne institution militaire, les opinions divergent.

11. Fin du TPS : Novembre 2017

La nouvelle est sortie 20 novembre. La secrétaire par intérim du département de la Sécurité Intérieure, Elaine C. Duke, a annoncé un délai de 18 mois, jusqu'au 22 juillet 2019, aux 58000 haïtiens vivant aux Etats-Unis sous le Statut de Protection Temporaire (TPS) pour quitter le pays. Cette décision préfigure éventuellement une vague de déportations des immigrants concernés à l’expiration de délai.

Sans être alarmiste, l’économiste Etzer Emile estime qu’une telle mesure risque d’impacter l’économie haïtienne quand il considère ce que représentent les transferts de la diaspora dans le PIB du pays. De son côté, l’économiste Camille Chalmers, plaide pour une politique globale de réinsertion de ces ressortissants et cette politique doit être définie par l’État.  Toutefois, les responsables de l’administration américaine ont indiqué que certains des Haïtiens actuellement couverts par le statut temporaire seront en mesure de rester s'ils ont d'autres demandes d'immigration légale.  

12. Opération Grand-Ravine : Novembre 2017

Lundi 13 novembre, la police a effectué une opération antigang majeure dans la zone de Grand Ravine. Mais les choses ont vraiment mal tourné si l’on se fie au bilan de la police. Dix personnes tuées dont deux agents de police, 3 présumés bandits arrêtés par la Police, 4 agents de la PNH blessés, et plus d’une trentaine d’individus appréhendés dans le cadre de l'enquête. Parmi ces derniers, figurait un directeur d’école, accusé de complicité avec les bandits, libéré après une semaine de détention.  

Les dommages collatéraux ont fait déferler une pluie de critiques au sujet du professionnalisme de l’institution policière. Une enquête a été conduite par l’Inspection Générale de la PNH qui a communiqué des sanctions contre les des policiers, deux lettres de blâme, une mise en disponibilité, une prise en charge des policiers affectés et un accompagnement pour les familles des ceux qui sont tués lors de l’opération ainsi que pour les familles des victimes de la zone.

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